Depuis le 23 octobre, Prime Video diffuse « Le Charles », un thriller en six épisodes tourné à bord du porte-avions Charles de Gaulle. Les critiques saluent l'immersion, des spectateurs dénoncent une « série pub » pour la Marine. Alors, la série est-elle réaliste ? Ce qui est vrai, ce qui est reconstitué et ce qui relève de la pure fiction.
Six épisodes en huis clos
Le Charles de Gaulle appareille pour une mission sensible en Méditerranée orientale. Peu après le départ, une militaire est retrouvée morte et une autre disparaît. L'état-major maintient l'opération et envoie à bord un enquêteur. Le porte-avions devient un huis clos.
Créée par Henri Debeurme et Mathilde Arnaud, réalisée par Julien Despaux et produite par Next Episode (groupe UGC), la série compte six épisodes d'environ 52 minutes. Jacques Gamblin joue le « Pacha », Élodie Yung son second, Alban Lenoir l'enquêteur, aux côtés de Patrick Mille, Constance Labbé, Pablo Pauly, Antoine Gouy et Bruno Sanches. Coproduite par Prime Video et M6, elle arrivera sur M6 dans quelques mois.
La bande-annonce officielle de la série (Prime Video).
Le vrai porte-avions comme décor
C'est l'argument majeur de la série : elle a été tournée sur le vrai porte-avions. Les deux tiers des scènes ont été tournées dans des décors réels, pendant des exercices de douze jours en mer, puis en rade de Toulon. Le tournage s'est aussi déroulé à la base aéronavale d'Hyères et dans l'arsenal de Toulon, de novembre 2025 à mars 2026.

Le vrai Charles de Gaulle en mer. Crédit photo : Johann Guiavarch / Marine nationale.
L'équipe a dû se plier au rythme d'un bâtiment en activité : un planning rarement connu à l'avance, des alertes et des exercices qui passaient avant tout, parfois vingt minutes à une heure pour tourner une scène. Les comédiens ont dormi dans les cabines des marins. Antoine Gouy, qui joue le chef de l'aviation, a appris les gestes d'officier d'appontage auprès de vrais officiers, Rafale en manœuvre.

Élodie Yung sur le tournage de la série. Photo : Fanta Kaba / Prime Video / M6.
« C'est peut-être la première fois qu'un tournage est organisé sur un porte-avions en Europe », souligne la capitaine de vaisseau Cécile Dumont-Dayot. Coursives, pont d'envol, vie à bord : pour l'essentiel, ce que le spectateur voit, c'est bien le Charles de Gaulle. Pour découvrir le bâtiment et ses avions, voir notre article sur le porte-avions Charles de Gaulle et notre portfolio à bord.

Des Rafale Marine dans la série. © Prime Video / M6.
Une passerelle recréée en studio
Tout n'a pas pu être filmé à bord. La passerelle, d'où le commandant dirige le navire, est un décor reconstruit en studio. Les zones liées à la propulsion nucléaire, elles, n'ont pas été filmées. Pour ces espaces, l'équipe a dû inventer des décors qui n'existent pas à bord.

Élodie Yung joue le « second » du porte-avions. © Prime Video / M6.
Une intrigue entièrement inventée
Meurtres, disparition, espionnage : l'histoire est entièrement fictive. Henri Debeurme le revendique : il s'agit d'« une série à suspense dans un décor militaire, mais pas d'une série militaire ». Le scénariste parle de « pur divertissement », sans visée politique ou géopolitique. Ceux qui attendent une chronique fidèle d'une mission du groupe aéronaval seront donc déçus : pour cela, lisez plutôt notre article sur le groupe aéronaval.

Meurtres, disparition, espionnage : l'intrigue est entièrement fictive. © Prime Video / M6.
Un gendarme maritime pour mener l'enquête, le choix le plus juste
L'enquêteur joué par Alban Lenoir, Paul Fischer, est lieutenant de gendarmerie maritime. C'est l'un des choix les plus justes de la série. La gendarmerie maritime est une formation spécialisée de la Gendarmerie nationale, chargée notamment de la police militaire sur les bâtiments de la Marine (voir notre article sur la Gendarmerie nationale).

Alban Lenoir joue Paul Fischer, lieutenant de gendarmerie maritime. © Prime Video / M6.
La réalité en offre un exemple. Lorsque la frégate Amiral Ronarc'h, en construction à Lorient, a été la cible d'un possible sabotage, le parquet de Rennes, compétent en matière militaire, a confié les investigations au général commandant la gendarmerie maritime (voir notre article La frégate Amiral Ronarc'h a-t-elle été victime d'un sabotage ?).
La Marine a-t-elle tenu la plume ?
C'est la critique qui revient chez une partie des spectateurs : une série tournée avec le soutien de la Marine serait une publicité déguisée. L'équipe s'en défend. « Aucun contrôle artistique, aucune demande même », affirme le réalisateur Julien Despaux, cité par Puremédias. Le projet n'a pas été commandé par la Marine : l'équipe l'a imaginé puis proposé.
Les militaires ont conseillé sur la technique, les procédures et le vocabulaire, et relu des passages du scénario. Avant la diffusion, les deux premiers épisodes et certaines scènes sensibles leur ont été montrés, pour s'assurer que la sécurité nationale n'était pas en jeu. Côté ministère des Armées, Eve-Lise Blanc-Deleuze, cheffe de la Mission cinéma et industries créatives, résume la position de l'institution : « garante du respect des valeurs », mais pas « interventionniste sur le contenu de l'œuvre ».
Réaliste ou pas, notre verdict
Oui pour le décor : le bateau, ses coursives, son pont d'envol et le rythme d'un bâtiment en exercice sont authentiques, et le choix d'un gendarme maritime pour mener l'enquête est crédible. Non pour l'intrigue, assumée comme une fiction à suspense. La série ne raconte pas la vie d'un porte-avions, mais elle la montre comme aucune fiction française ne l'avait fait.












