Rencontre avec Beryl614, un ex agent secret Français

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Rencontre avec Beryl614, un ex agent secret Français

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Bienvenue dans Defense Zone, le Podcast qui traite des questions de défense et de sécurité à travers des entretiens avec des militaires, des membres des forces de l'ordre, des personnalités politiques, ou encore des entrepreneurs.
 
L'objectif de cette émission audio disponible sur toutes les plateformes en ligne de Podcast est d'ouvrir au grand public les portes d'un univers d'ordinaire plutôt secrets, dans le but de donner à réfléchir à des questions qui nous concernent tous, quelles soient politiques, géopolitiques, économiques ou plus largement sociétales.

Dans ce nouvel épisode nous partons à la rencontre de Olivier Mas, alias Beryl 614, ancien espion de la DGSE, la direction générale de la sécurité extérieure. 

Cette institution a été popularisée avec la série "le bureau des légendes" qui raconte l'incroyable quotidien d'espions clandestins français. 

"Olivier" a été l'un d'entre eux et nous parle de sa carrière dans ce passionnant entretien.

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Présentation de Beryl614

DZ : Avant de vous présentiez, d’où vient votre surnom Beryl614 ?

B : C’est un pseudonyme que j’ai fait en hommage à l’un de mes premiers formateurs de cours terrain à la DGSE. Dans ses exercices il avait pris l’habitude de désigner les cibles avec des noms de code composé d’un nom et un chiffre. J’ai utilisé la même structure : Beryl bleu est ma pierre semi-précieuse préférée, et 614 parce que ça sonnait bien.

 

DZ : Est-ce que vous pouvez vous présenter, ce que vous avez fait, et ce que vous faites aujourd’hui ?

B : Olivier Mas, officier saint-cyrien d’origine. J’ai passé 28 ans de carrière dans les armées. J’ai rejoint la DGSE au début des années 2000 et j’y ai fait 15 ans de carrière, avec deux postes extérieurs dans le cadre de la DGSE. Et puis j’ai décidé d’arrêter à 47 ans pour faire autre chose et pour me lancer dans une autre carrière, plus médiatique. Je passe de l’ombre à la lumière, même si c’est une lumière relative parce que je me cache derrière un pseudonyme et je ne montre pas mon visage. Je fais des conférences, j’écris des livres, et j’ai ma chaine YouTube « Talk with the spy » qui a maintenant 137 000 abonnés.

 

 

La carrière militaire de Beryl614

DZ : Avant la DGSE, vous avez eu une carrière dans l’armée de terre, avec un passage au 1er RPIMa. Est-ce que vous pouvez en parler un peu ?

B : Le 1er RPIMa une unité essentiellement d’infanterie. Pour y commander, il faut être troupe de marine ou de l’infanterie, mais il y a chaque année deux places offertes pour des officiers issus de la cavalerie, ce qui était mon cas. C’est un régiment un peu interarmes dans lequel j’ai fait quatre années extraordinaires. On a de belles missions, une belle ville, la plus belle vue de Bayonne, un béret rouge et on est entouré de l’élite, des meilleurs sous-officiers, militaires du rang, officiers. On a tout pour être heureux au 1er RPIMa !

 

DZ : On est aussi sous anonymat au « 1er » ?

B : En mission bien souvent on ne met pas sa bande patronymique. On a un pseudo bâti sur un prénom et la première lettre de notre prénom ou nom de famille.

 

DZ : Après avoir quitté le 1er RPIMa, vous n’êtes pas rentré directement à la DGSE.

B : Non parce qu’à la DGSE il faut d’abord faire son parcours d’officier classique, il faut avoir commandé une unité élémentaire. Il a fallu que je rentre dans mon arme, la cavalerie, pour que je commande mon escadron. Ensuite j’ai fait mon diplôme d’état-major, et ce n’est qu’après ces deux périodes validées qu’on peut en général rejoindre la DGSE ; ce que j’ai fait.

 

DZ : Vous n’avez pas fait l’école de guerre ?

B : Si. Je suis d’abord rentré à la DGSE, pendant trois ans dans un petit service spécialisé en clandestinité. C’est à ce moment-là que j’ai préparé le concours de l’école de guerre, que j’ai réussi. J’ai donc fait ma scolarité là-bas, et quand je suis revenu j’ai pu progresser plus vite parce qu’on gravit les échelons plus rapidement quand on est officier breveté. J’ai fait du contre-terrorisme et obtenu des postes à responsabilités assez rapidement.

 

 

Les missions et le travail au sein de la DGSE

DZ : En quoi ça consiste de travailler à la DGSE ?

B : Il faut avoir conscience que ce n’est évidemment pas du James Bond, que c’est un peu du « Bureau des légendes », mais pas seulement. Au début, le métier de l’officier de renseignement qui va traiter des sources humaines c’est analyste. Il fait un travail de journaliste un peu. On écrit beaucoup, on lit beaucoup, on fait des analyses, des synthèses, on pose des questions, c’est du travail de bureau. Si ce travail intellectuel n’intéresse pas les gens, il ne faut pas rejoindre ce métier-là, parce que ça fait partie intégrante du métier. Ce n’est qu’au bout de quelques années d’analyse et parfois de responsabilités au sein du bureau d’analyse, qu’on va ensuite à l’étranger, inséré en ambassade avec un passeport diplomatique. Il y aura encore beaucoup d’écriture, de synthèse, de rapport à écrire, mais en même temps beaucoup de sécurité pour soi-même, pour travailler de manière clandestine, pour protéger nos sources afin qu’elles ne soient pas arrêtées parce qu’elles ont trahi ou travaillent avec nous. Tout ça met une pression et dans les activités de terrain, même si on n’est pas armés, il y a aussi de l’adrénaline.

 

DZ : Ce n’est pas bizarre de passer du 1er RPIMa avec des missions complexes, parfois violentes lorsque vous partez en opex (tirs, infiltrations, interventions…) à un travail d’analyse plus derrière un bureau ?

B : Justement, ce sont deux métiers différents, mais dans lesquels on retrouve de l’adrénaline. À un moment dans sa carrière d’officier, quand on a réussi l’école de guerre notamment, on a beaucoup de postes à l’état-major. Et je trouvais qu’avec la DGSE on restait malgré tout dans l’action, avec de l’adrénaline dans les zones de guerre, d’insécurité, où on fait du contre-terrorisme, dans lesquelles on peut se faire arrêter, exécuter au détour d’une rue. J’étais en civil, plus isolé, donc peut-être plus anxiogène et plus dangereux, car on n’a plus son groupe de combat autour de nous, avec des armes prêtes à faire feu.

 

 

Est-on seul quand on est espion ?

DZ : Le concept de l’armée est que le soldat n’est jamais seul, il est dans un trinôme, une équipe, un groupe, une unité. Est-ce qu’en étant un clandestin, c’est-à-dire être là où vous n’êtes pas censé être, l’État peut se désolidariser de vous ?

B : Heureusement, jamais complètement. On a eu des clandestins arrêtés, l’État fait tout son possible pour le ramener de là. Il n’y a pas d’histoire « on ne vous connait pas, on ne vous a jamais connu ». Ça reste un fonctionnaire français. On ne dira rien à l’extérieur parce que les preneurs d’otage ne savent pas forcément que vous êtes un officier de renseignement, mais on fera tout pour vous récupérer.

 

DZ : On pense à la série « Le bureau des légendes » quand on parle d’espions, car elle a popularisé la DGSE. Il y a forcément des choses fortement inspirées, voire vraies. Outre par exemple l’intrigue autour de Kassovitz qui part dans cette double vie et devient incontrôlable, du coup il a des problèmes avec sa hiérarchie, est-ce qu’il n’y pas ce côté « on laisse tomber cette personne, on n’ira pas la chercher, voire on ira la vendre aux services en face » ?

B : Alors après dans la série, Kassovitz est allé loin en trahissant son propre service. Dans la réalité la DGSE verrait son personnage comme quelqu’un qui a mis un coup de poignard dans le dos et on n’ira pas forcément l’aider. Dans la série il a été un traitre, même si on aime bien le personnage et que l’on comprend ses raisons. Il n’a pas joué franc-jeu avec le service, qui essaye quand même de le tirer de là. Et ça, je trouve ça plutôt bien vu.

DZ : Est-ce que c’est déjà arrivé dans la vraie vie que des agents clandestins trahissent le service ?

B : De grosses trahisons je ne sais pas, mais des gens qui cachent des choses au service oui. Des clandestins qui tombent amoureux d’une femme localement par exemple, mais le problème c’est qu’ils sont sous fausse identité donc s’ils la ramènent en France sans le dire au service ça pose un problème de fiabilité de l’agent. Quand on le découvre, la personne est virée. Ça peut arriver, mais ça arrive peu, ce sont des exceptions. Et puis il y a un service de sécurité qui est là pour contrôler, et s’il y a des fautes elles sont sanctionnées. Ça peut aller jusqu’à virer la personne immédiatement du service, ce qui est normal.

 

 

Les contraintes du métier d’espion sur la vie sociale et familiale

DZ : Quand on lit votre livre, au début vous racontez votre arrivée au sein du service et vous expliquez qu’à chaque fois il faut rendre compte : qui est votre réseau le plus proche, avec qui vous sortez, avec qui vous vous mariez… Vous demandez même l’autorisation pour vous marier, comme ça se fait à la Légion étrangère.

B : Oui c’est vrai, le service de sécurité nous donne ou pas le feu vert. On peut avoir une maitresse, mais le service doit le savoir, parce qu’on peut être la cible d’un service étranger qui nous mette dans les bras d’une jolie femme. Même si on ne veut pas raconter nos histoires intimes au service, parce que la plupart du temps ce sont de vraies histoires, c’est la règle du jeu.

 

DZ : Ça n’a pas été compliqué à vivre pour vous ?

B : Ça a été compliqué pour moi quand je me suis remarié à une étrangère, tout de suite j’ai été classé dans les cas difficiles à suivre particulièrement. Il vaut mieux se marier avec une Française quand on travaille dans un service de renseignement français ! On m’a fait signer un papier comme quoi je savais que j’étais hors des clous, et le directeur général a dû statuer pour dire si je pouvais continuer ma carrière dans la DGSE. Là ça calme, c’est une pression. À mon époque le directeur général était marié à une Britannique, donc je me disais que ça devait passer, et puis la nationalité de ma femme ne posant pas trop de problème, ça s’est réglé.

 

DZ : Au moment où vous êtes rentré à la DGSE, vous étiez marié une première fois. Dans votre livre on se rend compte que ce mariage a pris un coup à cause de votre appartenance à la DGSE. Vous ne pouvez pas le crier sur les toits, mais vous avez dû prévenir votre femme, vos enfants… Comment vit-on au quotidien une situation comme ça ?

B : On peut le prendre du bon côté en se disant que c’est un jeu, et d’en faire une certaine fierté de se dire « Je suis un espion au service de la France, c’est prestigieux, mais j’ai la grandeur de ne pas le dire ». Après, ce n’est pas facile parce qu’on se coupe de nos relations amicales, on se fait peu d’amis à l’extérieur du service, mais aussi peu à l’intérieur, car ç’est mal vu de se voir en dehors du boulot. Du coup on est moins attiré par les autres, par se faire de nouvelles connaissances. C’est un manque au bout de certaines années. On ne s’en rend pas forcément compte quand on est dedans, mais quand on arrête on se dit qu’on est passé à côté de quelque chose.

 

 

Le stress voire la paranoïa inhérente au métier d’espion

DZ : À la différence des autres militaires, quand vous rentrez chez vous à 17h, ce n’est pas terminé. Est-ce que vous avez cette peur que quelque chose arrive ? Comment vous faites pour gérer ça au quotidien ?

B : Alors c’est souvent plus tard que 17h. On est fonctionnaire, mais souvent quand on est sur des dossiers en crise, on rentre plutôt vers 21-22h, on revient le week-end… Ma deuxième femme disait « Tu fais de longues heures, mais au moins quand tu reviens à la maison tu es là et tu ne bosses plus ». On travaille sur du confidentiel défense, secret défense, on ne peut prendre aucune note, aucun dossier chez nous. On met tout dans une armoire forte et quand on rentre chez soi, on est un autre, on ne parle plus boulot. Ça, c’est appréciable.

 

DZ : Le travail ne s’invitait pas chez vous ? Si c’est comme dans les séries et films, si vous êtes suivis par un autre espion, etc, il n’y a pas ce sentiment d’être toujours sur le qui-vive ?

B : Je ne pense pas trop, en tout cas quand on est sur Paris on est très rarement pris pour cible. On bénéficie de l’anonymat, d’une grande ville, on est chez soi.

 

DZ : On ne développe pas une certaine paranoïa ?

B : Certains le font oui, certains pètent un plomb et se disent que tout le monde les suit. Mais on les met en dehors du service, ils ont un problème psychologique. Donc ça arrive, mais c’est plus vrai en poste extérieur, où on travaille H24 et on a du mal à sortir de notre poste d’espion et où le risque est plus grand de se faire suivre par les services locaux ou devoir répondre à notre source au beau milieu de la nuit.

 

 

DZ : Ça doit être compliqué de ne pas pouvoir parler à sa femme, ses proches, des peurs que vous pouvez avoir. Est-ce qu’il y a des psychologues à la DGSE pour vous écouter, pour parler de ça ?

B : Il y en a beaucoup, on est très suivi. S’il y a un accident, on va être vu juste après. Mais c’est un peu biaisé, parce que même si le psychologue est tenu à la confidentialité il va raconter à la hiérarchie les faiblesses de l’agent qui est en stress. Donc si on s’ouvre et qu’on est obligé de raconter ce qu’il s’est passé, ses faiblesses, on sait qu’on ne va pas être renvoyé sur le terrain, ou du moins la hiérarchie va y réfléchir à deux fois.

 

 

Quelles sont les qualités de l’espion de la DGSE ?

DZ : Quelles sont les qualités requises pour entrer à la DGSE ? 

B : Il faut être quelqu’un de stable, intelligent, cultivé, il faut aimer rédiger, faire preuve d’empathie et s’intéresser aux gens pour poser des questions.

 

DZ : Il n’y a pas besoin d’avoir des compétences en tir, en sport de combat ?

B : Pas du tout, mais si on sait le faire c’est un plus. Mon passé d’officier de forces spéciales était utile. Ça peut être rassurant en situation d’instabilité ou sur certains postes armés de la DGSE (zones où il y a peut-être des talibans ou des terroristes ; il faut être armé, mais pour cela il y a des stages au sein du service action)

 

 

Le service action de la DGSE

DZ : Avec votre passif de forces spéciales, pourquoi n’êtes-vous pas justement rentré au service action ?

B : Ce sont des carrières un peu différentes, il aurait fallu que j’y rentre plus tôt, mais ce n’est pas ce qui m’intéressait. J’ai fait le côté forces spéciales au 1er RPIMa, j’avais envie d’être officier renseignement, d’avoir des sources humaines, de chercher du renseignement.

 

DZ : Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est ce service action ?

B : Ce sont des unités militaires qui ont développé des capacités de clandestinité, qui travaillent en civil, qui savent travailler sous faux papiers, et du coup ils savent cacher le fait qu’ils sont français. C’est un outil extraordinaire pour un service de renseignement. Ça permet de faire passer discrètement par les frontières de l’argent, du matériel sensible. Si on a une source humaine très importante, mais en danger, ça permet de l’exfiltrer via des moyens militaires, sans passer par exemple par les aéroports civils du pays.

 

DZ : Est-ce qu’il y a aussi des civils à la DGSE ?

B : Ce sont essentiellement des militaires. Il y a peut-être quelques civils en état-major, mais pas dans le service action.

 

DZ : Quelle est la force d’être militaire dans un service comme la DGSE ? Y a-t-il des avantages, des inconvénients ?

B : Quand on rejoint la DGSE comme ancien militaire, on a déjà une carrière derrière nous, qui nous permet d’avoir la tête sur les épaules. On est peut-être moins expert qu’un civil qui aura travaillé 30 ans et aura développé une expertise. Mais nous, on sait se débrouiller avec peu au milieu de rien.

 

 

L’entrainement des espions de la DGSE

DZ : Quand on pense espion, qu’on voit la littérature, les séries, films, etc, on voit que leur principale occupation est de mentir. Comment apprend-on à mentir, à s’inventer une vie et à répondre du tac au tac à des gens qui peuvent être dangereux ?

B : C’est l’entraînement. On vit souvent avec ça, donc au début c’est un peu dur, et puis on apprend et ça devient une seconde nature. C’est aussi de la préparation, il ne faut jamais être surpris par une question, il faut toujours avoir prévu les questions qui fâchent pour savoir y répondre de manière naturelle.

 

DZ : Au sein de la DGSE, est-ce qu’il y a des cours pour apprendre à mentir ?

B : Il y a plein d’exercices au sein du service, dont le fameux exercice café dont je parle dans mon livre.

 

DZ : Justement en quoi consiste cet exercice ?

B : L’exercice café est un exercice qui dure environ une heure. On nous désigne un café au hasard à l’intérieur duquel il y a un contrôleur qui va nous voir évoluer et travailler. On rentre, on s’installe tranquillement et on a 10-15min pour se trouver une cible et engager la conversation, lui poser des questions. Et au bout d’une heure de conversation si on arrive à tenir jusque-là, il faut savoir le maximum de choses sur cette personne et idéalement, cerise sur le gâteau, avoir son numéro de téléphone. C’est un exercice one shot : on réussit ou on échoue. C’est stressant, car on n’a pas de deuxième cartouche, et c’est très aléatoire. Certains ratent complètement, car ils vont vers des gens occupés, ou pas réceptifs du tout.

 

 

DZ : Vous n’avez le droit qu’à une tentative avec une personne ?

B : Non dans le café on peut changer deux-trois fois, mais s’il n’y a pas beaucoup de monde et qu’on fait le tour de tous, au bon d’un moment c’est fichu il n’y a plus qu’à rentrer et c’est terminé.  

 

DZ : Que se passe-t-il si vous échouez ?

B : On a une mauvaise note. Je pense que la hiérarchie n’est pas idiote, et peut se dire qu’on n’a pas eu de chance, qu’on est mal tombé. Et ils vont voir la réaction de l’élève, s’il s’écroule ou si au contraire il va de l’avant, joue le jeu, alors il aura une note correcte.

 

DZ : La finalité d’un tel exercice est de recruter des cibles, comme on peut le voir dans « Le bureau des légendes » ?

B : Oui, ça met en jeu des qualités dont on a besoin, parce qu’il faut savoir rompre la glace, ne pas être timide, pouvoir aborder les gens facilement, avoir du charme, pousser à la confidence, donner envie aux gens de nous parler, de nous raconter leur vie, parce qu’on a une oreille attentive, qu’on est sympathique, qu’on a un sourire, qu’on écoute, qu’on relance.

 

 

L’éthique au sein de la DGSE

DZ : On utilise des techniques de manipulation quand on fait ça ?

B : On dit qu’un officier traitant manipule ses sources. C’est un mauvais terme, on essaye plutôt de créer une coopération volontaire, amicale, mais dans le fond des choses souvent il y a une part de manipulation parce qu’on ne dit pas tout à sa source, car peut-être qu’elle refuserait sinon de travailler pour nous.

 

DZ : Du coup s’il y a manipulation, il y a une part aussi d’éthique à avoir ? Est-ce que vous, vous vous êtes retrouvé dans une position inconfortable, dans le sens où votre éthique personnelle est venue en ligne de mire ?

B : Je suis quelqu’un avec une éthique forte. Je pense que pour beaucoup de mes anciens collègues c’est aussi le cas. Donc pour moi c’était toujours clair. Si jamais on m’avait donné des ordres que ma morale réprouvait, j’aurai refusé d’y obéir et j’aurai démissionné.

 

DZ : Comme quoi par exemple ?

B : On ne m’a jamais demandé de tuer quelqu’un, d’abandonner, de trahir, ou de révéler quelque chose sur une personne qui l’envoie en prison par exemple. Je ne me suis jamais retrouvé dans ce cas de figure, parce que la DGSE n’a le plus souvent pas besoin de travailler comme ça. On essaye d’être le plus honnête possible avec notre source, qu’elle sache ce qu’elle fait, les risques qu’elle prend.

 

DZ : Pour être un membre de la DGSE, il faut une sacrée fibre patriotique, parce que c’est un métier très exigeant et avec des contraintes. Comment vous le vivez ? Vous vous sentez patriote même en ayant quitté la DGSE ?

B : Je suis très patriote et je pense que pour beaucoup c’est une donnée importante. On accepte ce métier et ses contraintes parce qu’on est fier de servir son pays et qu’on veut la meilleure DGSE possible. On sait qu’on va avoir une vie sociale dégradée, que ça va être dur, qu’il va falloir mentir, mais on le fait pour notre pays, et on fait en sorte que ce service soit grand, efficace et performant

 

 

Les services de renseignements étrangers et leur relation avec la DGSE

DZ : Vous avez fait un classement des meilleurs services de renseignements au monde sur votre chaine YouTube. La DGSE fait forcément partie du top 5, pourquoi n’est-elle pas la première d’ailleurs ?

B : Parce que la première sans contestation possible c’est le binôme CIA (traitement de source, renseignement humain) / NSA (renseignement technique). Les moyens des États-Unis sont tels que c’est vraiment LE service le mieux renseigné au monde. En rapport qualité/prix la DGSE est pas mal placée parce qu’on est une puissance moyenne, mais avec on obtient des résultats tout à fait honorables. Alors que la CIA/NSA ce sont des milliards de dollars dépensés chaque année, à des hauteurs qui sont x20, x30 par rapport à la DGSE, donc on obtient des résultats hors du commun. Avec des défauts, des erreurs, parfois des officiers traitants américains dont le niveau moyen n’est peut-être pas très bon, avec des faiblesses. Mais c’est quand même une puissance inégalée.

 

DZ : Justement, quand vous étiez à la DGSE, comment était perçu ce service de renseignement américain ? Allié ou ennemi ?

B : Pour la DGSE ce sont clairement des alliés. Dans le domaine du contre-terrorisme, la meilleure coopération était avec les Américains. Ils appréciaient beaucoup ce qu’on était capables de leur apporter : ressources humaines, expertise sur des domaines qu’ils connaissaient mal… Je trouve que la DGSE avait plus de sources humaines au cœur de l’état islamique que n’en avaient les Américains. Mais nous n’avions pas cette capacité technique aussi forte, d’observation avec leurs drones, de pouvoir avoir H24 des caméras sur des gens, des immeubles. Je pense que le bilan de la coopération CIA/DGSE a été très performant. Maintenant on sait très bien aussi que la CIA travaille sur nous, contre nous aussi. L’ambassade des États-Unis à Paris est placée tout près de l’Élysée donc est truffée d’antennes ; ils nous écoutent, ils cherchent à capter nos secrets. C’est aussi un concurrent sur le plan économique.

 

DZ : C ’est amusant cette dualité entre partenaire/concurrent. On a pu le voir sur l’affaire Alstom dernièrement. Dans votre top 5, quels autres renseignements étrangers ont du poids ?

B : Évidemment le MI5, les Britanniques, qui nous ont tous formés au départ, car la DGSE est issue du deuxième bureau, mais en même temps aussi du BSCRA (renseignement de la France libre). Pareillement avec l’OSS américain, les Canadiens, Australiens… On est tous formés sur le même creuset d’un point de vue technique de rédaction de messages, de traitement des sources. Les Britanniques ont ça dans le sang, et les plus prestigieux sont ceux qui sortent de Cambridge ou d’Oxford, les têtes de promos vont dans les services de renseignements avant d’aller aux affaires étrangères, alors que ce n’est pas le cas encore en France.

 

DZ : Parce qu’on n’a pas eu de James Bond nous ? On a eu OSS 117…

B : En France, ça s’améliore. On a un recrutement de meilleure qualité qu’avant, avec des gens qui sont aux affaires étrangères et qui ont envie de rejoindre la DGSE, d’autres qui réussissent les concours et choisissent en âme et conscience de rejoindre les services de renseignements et la DGSE.

 

 

Les risques du métier d’espion

DZ : On parlait des James Bond, de la littérature… Vous disiez que lorsqu’on est à la DGSE, on n’a pas la vie de 007, on ne tue pas les gens, on ne va pas draguer tout ce qui bouge dans les casinos. À vous écouter c’est pourtant plutôt l’inverse. Il y a quand même ce risque permanent, ce danger de mort, avec le risque d’être capturé, torturé. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu ?

B : Alors il faut relativiser. Le danger principal est souvent, pour un officier de renseignement, d’être détecté et expulsé par les services locaux, car ils ne veulent pas qu’on travaille dans leur dos ou qu’on s’approche trop près de secrets sensibles pour eux. Le plus gros risque pour un officier de renseignement est d’être arrêté. Normalement, ce n’est pas être torturé parce qu’on est sous passeport diplomatique, on est entre gentlemen donc normalement c’est l’expulsion. Ça reste désagréable parce qu’on est souvent installé là avec sa famille, les enfants sont scolarisés, et d’un coup le lendemain on doit partir, prendre l’avion, c’est traumatisant, et puis on a l’impression de rater sa mission.

Mais celui qui prend le plus de risque pour sa vie, c’est la source humaine. Quand le binôme est pris, l’officier traitant prend l’avion, mais si la source qui a trahie, si elle est du pays considéré, va peut-être être emprisonnée pendant 20 ans. C’est elle qui prend le plus de risques.

Après, on travaille parfois dans des pays dangereux et on n’est pas à l’abri d’être une victime collatérale, d’un attentat, ou d’être visée, car identifié comme officier de renseignement. L’opération durant laquelle le service action essaye de libérer  Denis Alex en Somalie, c’est quelqu’un de la DGSE qui a été arrêtée dans le cadre de ses fonctions, car agent, formateur et membre du service action. Donc le danger est là, c’est sûr.

 

 

DZ : Dans ce cas-là ce n’est plus justement entre gentlemen…

B : Non plus du tout, quand on est arrêté par les groupes somaliens terroristes, proches d’ Al-Qaïda, ce n’est plus du « gentlemen agreement », on peut être égorgé…

 

 

Géopolitique et espionnage

DZ : Aujourd’hui, si la position avec les Américains est ambivalente, qui est au final l’ennemi de la DGSE ? Ce sont les groupes armés terroristes ou une nation ennemie, du point de vue de la DGSE ?

B : Disons que certains pays sont des zones d’intérêt, sur lesquels nos politiques veulent savoir ce qu’ils font, ce qu’ils cachent… Il y a clairement la Russie, même si parfois on va pouvoir coopérer sur certains points, ou avoir les mêmes intérêts. Mais la Russie reste agressive parce que son service de renseignement est chevillé au cœur de l’État et tout est permis. Ils vont se permettre de voler des secrets, de recruter nos diplomates, chefs d’entreprises… C’est un adversaire dont il faut se méfier. Ça a commencé à la guerre froide, et c’est le cas pour encore 10 ou 20 ans.

Après, il y a la Chine évidemment qui fait peur. Première puissance, qui est loin d’être une démocratie, qui joue toute seule dans son coin, qui inquiète.

La Turquie aussi, avec laquelle nos relations sont exécrables, ce qui a des conséquences pour les services de renseignement. La DGSE va devoir développer un réseau de sources humaines. Je ne sais pas si dans 10 ou 20 ans ce sera toujours la même chose. Il y a 5, 10 ans ce n’était pas un sujet, mais avec la montée d’Erdogan et les relations difficiles avec la France en particulier, on fait un effort certain.

Voilà, Chine, Russie, ça c’est du sûr pour les prochaines décennies. La Turquie à voir comment ça évolue. L’Iran inquiète toujours, et on travaille aussi sur la Corée du Nord.

 

DZ : On voit le décalage entre l’évolution géopolitique qui bouge, et des conflits comme la Guerre Froide. Comment fait-on en tant qu’agent pour se tenir à jour ? En tant qu’agent vous devez avoir des bases en géopolitique, en histoire, en stratégie, en économie, pour comprendre ce qu’on vous demande et pourquoi on vous le demande ? Ou vous suivez les ordres et vous n’avez pas besoin de réfléchir à tout ça ?

B : Pour être un bon officier en renseignement il faut essayer de tout savoir le mieux possible. Il faut au moins à minima être un lecteur assidu du « Monde » ou d’un autre journal, d’avoir une bonne culture générale et de la mettre à jour en permanence.

En tant qu’analyste on nous confie un dossier sur lequel on va devoir devenir expert. Par exemple pour un dossier sur lequel on est responsable du contre-terrorisme en Jordanie, il n’y aura pas de meilleur expert en France, car on recherche à être à la pointe. Par contre quand on part en poste à l’étranger, on va devoir traiter de nombreuses problématiques différentes : des entreprises, l’influence de tel pays sur tel autre, la contre-prolifération, qu’est-ce qu’une arme chimique ou nucléaire, comment on les reconnait, etc. Il y a des fois où on est perdu, on ne peut pas être expert en tout. C’est là qu’intervient la puissance du service, car si on traite avec une source elle-même experte dans son domaine, on va être alimenté par les questions des gens qui savent. Il faut savoir le maximum de choses, et si on ne sait pas tout on sera aidé par d’autres.

 

 

Les secrets et la vie d’espion de la DGSE

DZ : Et le fait d’être en permanence dans le secret des dieux, les arcanes du pouvoir en quelques sorte, d’être au fait de choses que 99% des gens ne savent pas, n’est-ce pas parfois compliqué ? C’est-à-dire que vous allez avoir une certaine vision du monde que les autres n’ont pas forcément. Quand on a une éthique, des principes, est-ce que des fois ça ne vient pas s’entrechoquer ?

B : Parfois il y a des secrets dont on sent que ça va sortir dans la presse, et puis on voit que ça ne sort pas. Et d’autres fois on s’aperçoit que cinq ans plus tard il y a cette affaire qui sort. Il y a pleins d’affaires qui sortent au bout d’un moment.

 

DZ : Est-ce qu’on n’est pas tenté quand on a l’information sous les yeux, de devenir un lanceur d’alerte, d’avertir les gens ?

B : On abandonne le système et on est un peu un traître dans ce cas-là. Après, j’ai beaucoup de respect pour Snowden, j’ai lu son livre aussi, que j’invite vos auditeurs à lire. Je pense que c’est quelqu’un de foncièrement honnête, qui pose les bonnes questions. Et moi-même j’ai revu certaines de mes positions à la lecture de ce livre. 

 

DZ : Quand on voit quelqu’un comme Snowden qui prend tous les risques pour devenir un traître au niveau de ses supérieurs, mais devenir un lanceur d’alerte pour le reste du monde, n’a-t-on pas envie de faire pareil ?

B : Snowden met en avant un phénomène important, un système en place, et il choisit de le révéler. Nous ce sont des secrets consubstantiels de notre métier, et qui ne sont pas des secrets menaçant la face du monde, ni la moralité à l’échelle de l’univers et de l’universel. Si on n’est pas capable de garder un secret et qu’on est tout le temps tenté de parler à un ami journaliste pour qu’il raconte tout, on change de métier.

Moi je n’ai pas eu ce cas-là. Maintenant je dis beaucoup plus de choses, mais les années ont passé et je me surveille sur ce que je peux dire ou pas. Mais quand on fait ce métier-là on garde les secrets, et ils sont pour nos chefs, nos politiques, ceux qui nous emploient.

 

 

La création de la chaîne YouTube « Talk with the spy »

DZ : Vous avez fait le choix de quitter l’institution et de venir sur YouTube. Juste dans cette phrase il y a des choses qui ne vont pas ! Comment a réagi la DGSE quand ils ont vu votre chaîne YouTube ?

B : Je suis un profil un peu atypique. J’avais fait le choix de ne pas leur demander l’autorisation, parce que si je l’avais fait ils auraient probablement refusé. Ou alors ils auraient accepté, mais ils auraient demandé à ce qu’on le fasse ensemble et tout aurait été contrôlé. Donc j’ai fait le choix de ne rien leur dire, mais en même temps que les premiers épisodes ont été mis en ligne, j’ai créé un site internet pour expliquer ma démarche et c’était surtout à destination de mes anciens chefs. J’ai prévenu qu’il n’y aurait pas de révélations fracassantes, que je suis toujours tenu au secret de l’ancienne fonction, etc.

Au départ ils ont halluciné. Puis au fur et à mesure ils ont vu le ton, que c’était une démarche sérieuse, que je donnais plutôt une bonne image de la DGSE, que je montrais la réalité des choses et je sais ce que je peux et ne dois pas dire.

 

 

DZ : Quand vous avez quitté le service vous n’avez pas signé un document disant justement que vous n’avez pas le droit de parler de votre ancienne activité ?

B : Oui effectivement. Mais la DGSE se met en place au fur et à mesure, et à chaque fois une affaire force la réadaptation des règles, ce qui fait que dans ma carrière j’ai dû signer quatre ou cinq fois des pages et des pages de documents que personne ne lit, comme on signe un contrat de téléphonie. Donc du coup j’ai vraiment lu en diagonale tout ce que j’ai signé. Il y a sans doute une ligne qui mentionne qu’on ne doit pas parler de ce qu’on a fait à l’extérieur. Mais grosso modo ce qu’il faut faire c’est de ne pas trahir le secret défense, les techniques secrètes, les capacités de déchiffrage, quels appuis on casse, etc. Il y a plein de choses sur lesquelles je n’ai pas le droit de dire ce qu’on sait faire. C’est ça la réalité des choses, ce n’est pas un non catégorique sur tout et c’est pour ça que c’est compliqué, c’est un exercice de funambule.

 

DZ : Sur cette chaine YouTube vous avez réussi à sortir beaucoup de contenu, et de qualité. Vous donnez des informations qu’on ne trouve pas ailleurs. Comment faites-vous pour trouver cet équilibre entre ce que vous pouvez dire ou pas ? Est-ce que vous vous dites qu’une fois que c’est sorti dans certaines séries comme « Le bureau des légendes », vous pouvez en parler ?

B : C’est une habitude, savoir ce qui est sorti, ce qui a été dit dans la presse. Mais ce n’est pas aussi simple que ça, parce que moi c’est différent : si j’en parle je confirme. Je suis un ancien de la DGSE donc si je le dis ce n’est pas pareil que si c’est un journaliste qui le dit. Donc je ne peux pas me fixer cette règle, c’est au cas par cas. Il faut parfois être flou, ne pas donner de date, de pays, ne pas ramener à des opérations précises, ne pas citer de gens précis. Alors parfois je peux faire des erreurs, mais si je franchissais la ligne, surtout sur les vidéos les plus sensibles comme celle du service action, je pense que la DGSE pourrait m’appeler et me faire remarquer le problème.

 

DZ : Ce n’est pas encore arrivé que vous ayez un coup de fil ?

B : Pas encore non. Mon livre a posé plus de problèmes, peut-être parce que c’est écrit. En France si on le dit sur papier c’est vrai, alors que sur YouTube ça fait moins peur, comme si c’était plus éphémère (alors qu’on peut la revoir sur des dizaines d’années)

 

DZ : Ils se disent peut-être qu’on peut supprimer la vidéo, mais pas ce qui est imprimé ?

B : Oui peut-être. Alors que tout ce qui a été imprimé une fois pourra se retrouver par les gens qui savent faire. Rien ne s’efface.

 

DZ : La chaîne YouTube a connu un succès assez rapide, vous avez 137 000 abonnés maintenant. Comment est venu l’idée de faire cette chaîne ?

B : Lorsque j’ai voulu arrêter la DGSE je me suis posé la question de ce que je voulais faire après. J’aime raconter des histoires, filmer, faire du montage vidéo, des choses que je n’avais plus vraiment le temps de faire quand j’étais en activité. C’est venu naturellement, j’avais envie de raconter mon ancien métier de manière différente, de le mettre en image et en vidéo. J’avais tous les savoir-faire et les contenus pour ça. Donc j’ai regardé des tutoriels sur comment monter une chaîne, comment se faire connaitre… Ça m’a beaucoup amusé de monter ma chaîne ; c’est très souple, on est tout seul et on peut diffuser au monde entier un contenu qu’on espère de qualité. C’est passionnant à faire, et il y a un vent de liberté.

 

 

L’audience et les commentaires de la chaîne « Talk with a spy »

DZ : Pensez-vous que les personnes étrangères regardent votre chaîne ?

B : En tout cas je sais que la première année je me suis fait aborder par un espion israélien et par un russe, qui ont essayé de voir s’ils ne pouvaient pas me recruter.

 

DZ : Comment avez-vous su que c’étaient des espions ?

B : C’est le métier, on les sent venir ! Pourtant ils ont essayé d’être discrets. J’ai rendu compte à chaque fois à la DGSE en donnant les numéros de téléphone, les adresses, etc. Et puis maintenant ça n’arrive plus, parce qu’on est intéressant les premières années quand tout est frais (tous nos contacts, les gens avec qui on travaillait…). Après, il l’est un peu moins. Encore que, si je travaillais pour un service de renseignement, je saurai encore pleins de choses. Mais il faut jouer l’honnêteté et je pense que ça serait très difficile de me recruter, car je n’en ai aucune intention et je rendrai compte à mon ancien service.

 

DZ : D’accord, on fait passer le message !

Sur votre chaine YouTube il y a beaucoup de choses que vous dites qui sont déjà disponibles pour les gens qui cherchent, grâce à internet. Et dans vos passages médiatiques on voit que vous faites polémiques, car certains disent qu’on n’a pas appris d’informations en plus. Sur YouTube vous êtes confrontés directement aux gens, parfois à la violence des commentaires, parce que les gens sont cachés derrière leur ordinateur donc se laissent aller plus facilement. Comment réagissez-vous à ça et comment est-ce que ça vous affecte ?

B : J’ai une communauté plutôt bienveillante, en tout cas sur ma chaine et les commentaires laissés dessus. Et puis c’est ma chaîne, donc j’ai le loisir et la facilité de pouvoir supprimer les commentaires désobligeants ou bannir à vie la personne qui l’a laissé si elle m’a énervé. Dans ce cas-là s’il veut de nouveau laisser des commentaires il faudra qu’il se crée un nouveau profil pour déverser ses insultes. Mais j’ai envie d’avoir des contradicteurs, des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. Je supprime ceux qui sont insultants, grossiers, etc. Mais s’il y a des gens qui disent n’importe quoi, critiquent, disent que c’est fake etc, je laisse. Parfois je n’ai pas besoin de me défendre moi-même ce sont des gens de ma communauté qui me défendent !

Sur mon interview Thinkerview, là je ne maîtrise pas les commentaires et les critiques ; et c’est vrai que si on regarde, on se fait assassiner et c’est vite désagréable. Je pense que j’ai plutôt bien fait mon travail, que je suis un bon professionnel, et c’est un peu agaçant d’être remis en question par des gens qui ne savent rien et qui font ça de manière cassante, bête et agressive

 

DZ : Le fait que vous soyez aussi exposé dans la presse et sur YouTube, est-ce que ça fait réagir vos collègues et anciens collègues ?

B : Quand j’ai quitté le service, je me suis donné comme règle de ne pas reprendre contact avec mes anciens collègues qui eux y sont encore. Malgré tout j’ai encore quelques contacts et retours. La DGSE est un endroit varié avec une multitude d’opinions. Je pense que la majorité est plutôt bienveillante à mon égard, en se disant que c’est bien ce que je dis, qu’il n’y a pas de bêtises, de choses fausses. Après, il y en a un certain nombre qui voient ça d’un mauvais œil, qui trouvent ça malhonnête d’en parler alors qu’on doit normalement ne rien dire. Il y a certains officiers traitants qui sont agacés par ma démarche. Et je le comprends, je trouve ça normal qu’il y ait ces deux types d’approches.

 

DZ : Quand vous parlez espionnage au plus grand nombre, qu’est-ce que ça suscite chez le grand public, qui peut parfois vous surprendre ?

B : J’ai une communauté assez bienveillante, j’ai été surpris d’avoir peu de critiques.

Par contre j’en ai eu beaucoup sur ma vidéo sur Skripal, qui était une des premières vidéos où je réagissais à l’actualité, où je n’avais pas d’éléments factuels, car je n’étais déjà plus au service. C’était uniquement sur mes convictions et mes connaissances sur les services secrets britanniques, ce n’était pas scientifiquement prouvé. Et je suis tombé sur une armée de pro-russes téléguidés plus ou moins, inconsciemment ou non, mais c’était des dizaines et des dizaines de profils qui devenaient très agressifs à mon égard, et qui reprenaient une argumentation très russe. Ça, ça m’a surpris, cette violence et cette réaction.  J’ai senti à ce moment-là que sur internet les positions russes sont très surveillées et très défendues.

 

 

DZ : Et par rapport à l’image de la DGSE qu’a le grand public, est-ce qu’il y a quelque chose qui vous surprend ? Comme c’est un milieu très secret ça laisse place à beaucoup de fantasmes.

B : Il y a encore quelques questions un peu simples, mais comme la DGSE a fait beaucoup d’efforts de communication, qu’il y a eu « Le bureau des légendes » qui est bien fait et bien documenté, les gens ont de plus en plus une vision proche et réaliste des services. Il y a encore un travail d’explications à faire, mais je pense que les positions des abonnés sont assez raisonnables. Après j’ai toujours un peu des personnes qui m’envoient des mails et qui me demandent une intervention, comme quoi il faut les aider parce qu’ils sont suivis depuis 20 ans. Ça n’a ni queue ni tête. Ces cas psychiatriques ne représentent que 0,1% des abonnés, mais ceux-là ils me surprennent toujours un peu !

 

DZ : Quels ont été les retours sur votre livre sorti en 2018 ? Est-ce qu’il a fonctionné, il y a eu de bons retours de l’audience, des lecteurs ?

B : Oui il a été très bien reçu, beaucoup de gens l’ont apprécié. Ça a été un succès, il s’est vendu à 13 000 exemplaires et continue à se vendre. Je sors un deuxième livre sur la clandestinité, normalement début mai, et donc la promotion de ce deuxième livre va aussi rejaillir sur le premier. 

 

 

Dernier conseil pour celui qui veut être espion ?

DZ : Est-ce que vous auriez un conseil pour quelqu’un qui s’intéresse à la DGSE, à ce genre de profession ?

B : J’ai l’habitude de répondre à cette question par une boutade : lisez mon livre ! Et ensuite à la fin, si vous avez toujours envie de rejoindre la DGSE, il y a des chances que vous rejoigniez cette profession pour de bonnes raisons. Car j’ai essayé de décrire au plus proche de la réalité la vie d’un jeune analyste qui veut rejoindre le service. Il y a beaucoup de travail d’écriture, d’analyse, sur un ordinateur. Chose que ne montre pas « Le bureau des légendes ». Si vous faites 20h d’émission sur quelqu’un derrière un écran ça ne va pas se vendre, et pourtant c’est la réalité. Si vous lisez le livre et que vous avez toujours envie, continuez votre projet, vous ne serez pas surpris, ni déçu.

 

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