Dans les coulisses de PGM Précision

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Dans les coulisses de PGM Précision

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Bienvenue dans Defense Zone, le Podcast qui traite des questions de défense et de sécurité à travers des entretiens avec des militaires, des membres des forces de l'ordre, des personnalités politiques, ou encore des entrepreneurs.
 
L'objectif de cette émission audio disponible sur toutes les plateformes en ligne de Podcast est d'ouvrir au grand public les portes d'un univers d'ordinaire plutôt secrets, dans le but de donner à réfléchir à des questions qui nous concernent tous, quelles soient politiques, géopolitiques, économiques ou plus largement sociétales.
Cette semaine, nous allons en Haute-Savoie à la rencontre de François Brion, directeur de la société PGM Précision. Son entreprise est une des dernières en France à fabriquer des fusils destinés aux forces armées. On y trouve notamment le célèbre Hecat II en 12.7mm, utilisé par la plupart des tireurs d'élites, mais aussi d'autres modèles adoptés par des unités prestigieuses des forces spéciales, du RAID ou du GIGN.

 

DZ : Nous sommes avec François, le PDG de l’entreprise PGM. Est-ce que tu peux te présenter ?

PGM : Je suis François Brion, directeur de la société PGM Précision depuis 2004. Et je suis ingénieur mécanique de formation.

 François Brion, directeur PGM Précision

DZ : Quel est ton parcours ? Comment en es-tu arrivé à ce métier de fabrication et de vente d’armes ?

PGM : Il y a comme une tradition armurière dans ma famille, puisque du côté de ma mère à Bourges il y avait les arsenaux qui sont devenus le TBS, le GIAT (ndlr : devenu maintenant Nexter), je crois même qu’il y a MBDA. Mon grand-père a bossé là-bas, j’ai un oncle qui était ingénieur pyrotechnicien là-bas, donc moi finalement j’ai suivi la lignée familiale ! Et dans le cadre de mes études justement, j’avais fait un stage à GIAT Industries à Satory. Tous les matins je passais sur le plateau de Satory en bus depuis la gare de Versailles et je passais en direction de la STAT et de GIAT et je voyais les fameuses grandes antennes qui sont près du groupe.

 

DZ : La STAT, la Section Technique de l’Armée de Terre, qui sont à la pointe de l’innovation sur l’armement, l’équipement.

PGM : Oui effectivement, ils font beaucoup de tests. Et on bosse ensemble !

 

DZ : Donc, tu as fait des études dans l’ingénierie ?

PGM : Oui, j’ai fait IUT Méca en région parisienne et ensuite l’École d’Ingénieur à Annecy en mécanique et en productique. Après, mon premier emploi a été d’être embauché à l’usine Teissier Technique. Cette usine fabrique depuis 1995 les fusils PGM (le FR 12.7 F1) et toutes les armes fabriquées depuis. De fil en aiguille je suis passée de l’usine à PGM, puisque l’usine était actionnaire de PGM dès 1995 pour le marché armée française.

 

DZ : Peux-tu me parler de la société, que produisez-vous, que vendez-vous ?

PGM : PGM est né en 1993 d’une association entre Gilles Payen, inventeur de l’Ultima Ratio, avec des actionnaires qui ont apporté des finances. À l’époque PGM était en Savoie, en Maurienne. PGM se rapproche en 1995 de la société Teissier, qui est à Poisy en Haute-Savoie. Teissier Technique devient actionnaire minoritaire de PGM en 1995. Ça devient le fournisseur principal de pièces mécaniques qui constituent l’arme, et avec l’usine Teissier on reprend PGM à nous en 2004.

 

DZ : Au début, c’était juste la fabrication des pièces de l’armement, et la commercialisation des fusils est venue ensuite ?

PGM : Non, PGM a toujours fabriqué les fusils. Mais quand on dit fabriquer, c’est concevoir, assembler. Après, dans n’importe quelle industrie, la plupart des industriels ont des sous-traitants. PGM Précision conçoit les armes, les commercialise, assure le SAV, assure le marketing, la communication. Et on fait appel à des sous-traitants. Et effectivement l’actionnaire majoritaire de PGM est également son fournisseur principal de pièces mécaniques.

 

DZ : Ce qui fait que vous maitrisez toute la chaine de production ?

PGM : Quasiment tout oui, les canons sont sous-traités parce que ça c’est un métier à part de faire un forage long, faire des rayures, faire des munitions c’est aussi un métier à part, faire une lunette de tir, un chargeur… Par contre tout le cœur de l’arme, la culasse, le bloc détente, le châssis poutre, tout ça est un assemblage principal de pièces mécaniques qui sont fabriquées chez Teissier. On a des fournisseurs spécialisés qui ne fabriquent que des ressorts, que des pièces de décolletage, des goupilles spéciales, des percuteurs, etc.

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DZ : Les fusils que vous faites ici sont presque à 100% made in France du coup ?

PGM : Sur l’Hécate II en calibre 12.7 on travaille depuis 25 ans avec notre partenaire belge, la Fabrique Nationale d’Herstal (communément appelé FN Herstal). Leur métier est de fabriquer des canons et notamment de nous fournir nos canons pour les Hécates II. Pour les plus petits calibres, on travaille avec Carl Walther en Allemagne. Donc nous on va chercher des compétences et après de tout ça on fait une arme prête à tirer.

 

DZ : Quelle est l’arme principale que vous vendez le plus ?

PGM : C’est l’Ultima Ratio. C’est la première née en 1991 de Gilles Payen, le « P » de PGM. D’ailleurs à l’époque quand il équipe le RAID, PGM n’existait pas encore ; de ce fait les premiers fusils à être vendus ont été marqués avec juste « Ultima Ratio ». Du coup aujourd’hui à la BRI du 36 quai des Orfèvres, au RAID à Bièvres, ils les appellent les « Payen », parce que PGM n’était pas encore né !

Une fois ce premier contrat du RAID signé, Gilles Payen a eu besoin de finances pour continuer à développer son entreprise, car les unités étrangères et même françaises ont été intéressées par ce nouvel armement. Aujourd’hui on exporte l’Ultima Ratio dans 45 pays du monde.

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DZ : Quels sont ces pays ?

PGM : On est quasiment sur tous les continents : États-Unis, Canada, Amérique du Sud, continent africain, à l’autre bout du monde comme en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans nos DOM-TOM (Polynésie…). On est vraiment un peu partout, et bien sûr on vend là où l’état français nous autorise les ventes, puisque c’est un business très réglementé.

 

DZ : C’est un business en effet un peu polémique, parce que forcément ça engage des armes à feu, des conflits, des guerres, etc. Comment ça se passe concrètement, tu dois faire des demandes précises au gouvernement pour être référencé ?

PGM : Tout à fait, on a des bureaux spéciaux à la DGDDI des douanes ou au niveau de la DGA (ndlr : Direction Générale de l’Armement) côté ministère des Armées. On a des bureaux spécialisés qui ne font que traiter des demandes de licences. Quand je reçois une demande d’un pays étranger, je demande la quantité, le calibre, les options désirées, optiques de jour/de nuit, pièces de rechange… et une fois qu’on a construit ce besoin avec le client, on demande une licence.

 

DZ : Donc tu déclares tout ce que tu vends, tous tes clients ?

PGM : On n’est même pas encore à la vente là ! Dans certains cas on n’a pas l’autorisation de vente. C’est vraiment à la construction du besoin, du devis, qu’on essaye de tout border avec le client pour être prêt pour demander la licence. Et là on attend deux, trois mois, le bureau traitant peut revenir vers nous en demandant des précisions sur l’unité exacte du ministère étranger qui va utiliser ce matériel.

 

DZ : Ça doit être compliqué à gérer, car tes clients n’ont pas forcément envie, même si ce sont des alliés de la France, de donner des informations qui ensuite vont être fournies aux services de l’état ?

PGM : On se rend compte avec l’expérience (moi cela fait 17 ans) que quasiment tous les pays « normaux » travaillent comme ça. Les pays alliés qui s’adressent à une société française pour s’équiper savent qu’il va y avoir une licence et le fameux contrat de non-réexportation à signer (pour éviter que le pays qui nous achète de l’armement soit une plateforme tournante pour un trafic d’armes international)

 

DZ : Rien ne les empêche de mentir ?

PGM : C’est pour ça qu’on a des ambassades dans tous les pays du monde et des attachés de défense qui vont vérifier localement le besoin du pays dans lequel l’ambassade est.

 

DZ : En France, tu équipes beaucoup d’unités ou de régiments. Quels sont tes plus gros clients, ou ceux dont tu es le plus fier ?

PGM : Je dirai qu’on a le client historique qui est le RAID. C’est un partenaire de cœur parce que c’est l’unité française sans laquelle, je pense, PGM n’aurait pas pu démarrer. Si PGM nait en 1993 c’est du fait du marché du RAID avec les Payen et les Ultima Ratio.

Après, bien évidemment en 1995 on a le contrat avec l’armée française et le fusil FR 12.7 F1, qui est le fusil officiel des tireurs d’élite de l’armée française.

Je dirai que l’armée française est mon plus gros client. Surtout qu’en plus la DGA a fait confiance à PGM en 1995 pour s’équiper, et en 2021 la même DGA avec le service d’achat pour le ministère des Armées, est en train de revaloriser tout le parc de fusil Hécates II qu’on a vendu depuis 1995. Car tout ce marché était uniquement pour l’armée de terre, et ensuite toutes les forces spéciales des trois corps sont venues également s’équiper, sur des versions un peu plus récentes que le FR 12.7 F1. Et depuis, puisque PGM a évolué, les forces spéciales ont toujours acheté les évolutions. Mais il faut se rendre compte que la France fait la guerre tous les jours (il y a eu l’Afghanistan, maintenant le Mali...), et que le fusil d’excellence des tireurs d’élite est français est utilisé depuis 1995. 26 ans après, on est en train de le revaloriser, il va peut-être servir jusqu’en 2030. Nous sommes l’une des seules armées modernes aujourd’hui qui dans le top du top de la précision et de la distance avec un fusil qui a une telle longévité !

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DZ : Tu fais un peu figure d’exception du coup ? Quand on regarde le reste de l’équipement des armées françaises, quand on voit le HK, les armes de poing, qui ne sont plus françaises d’ailleurs… ça a fait polémique que le Famas soit abandonné au profit d’un fusil allemand. Comment vois-tu ça toi ?

PGM : Je te dirai que c’est regrettable, parce qu’aujourd’hui je vois qu’en fabricant en France je fais vivre une société qui est PGM, et je fais vivre énormément de sous-traitants, même s’ils ne travaillent pas à 100% pour moi. Quand on achète un fusil PGM, il y a un énorme pourcentage des pièces qui est fabriqué en France, et après Européen. Je dois avoir deux bricoles américaines, la poignée-pistolet et peut-être ce qu’on vient mettre contre son épaule (la pièce de couche). Aujourd’hui, fabriquer en France c’est assurer des emplois en France. Alors forcément quand tu me dis « on a remplacé le Famas par du HK », je vois qu’on a fait bosser des Allemands et pas des Français, ce qui est dommage.

 

DZ : C’est d’autant plus dommage qu’entre les différents gouvernements on a du mal à voir ce qui est une entreprise stratégique, quand on voit ce qu’il s’est passé avec Alstom par exemple. Comment tu le perçois toi ?

PGM : Effectivement, nous on se doit d’être bons et de coller aux besoins français et étrangers. Après en effet, avec la loi européenne qui régit les appels d’offres, aujourd’hui c’est un délit ou quelque chose qui y ressemble, de privilégier une société française lors d’un achat.

 

DZ : Aux États-Unis, les entreprises sont très protégées par le gouvernement.

PGM : Voilà, et bien en France les acheteurs vont dire « non, nous c’est la loi des marchés, c’est la loi européenne, on est obligé de faire un appel d’offres ».

 

DZ : Est-ce que ça t’est arrivé, ou est-ce que potentiellement ça peut t’arriver, que par exemple pour des raisons diplomatiques, les relations changent avec un pays à qui tu vends de l’armement et qui du jour au lendemain n’est plus un allié de la France. Que se passe-t-il, tu dois arrêter de vendre, tu perds un client ?

PGM : Oui, si le pays était ami et ne le devient plus, les armes que tu as vendues sont déjà vendues… Mais si tu as un contrat en cours, ta licence d’exportation peut être annulée. Dans ce cas-là sur de gros contrats, avec des pays sur lesquels on a des doutes pour l’avenir, on peut prendre des assurances annulation de contrat. Maintenant, à l’instant « T » quand j’ai le contrat, j’ai la licence d’exportation délivrée par les plus hautes instances de France. Mais c’est à l’instant T. Si dans six mois le pays devient ennemi, ma licence sera annulée, et ce jour-là on me dira de couper les robinets. Ça m’est arrivé par le passé de souscrire à des assurances annulation.

 

DZ : Il y a forcément des gens qui n’aiment pas ce que tu fais, qui critiquent. Comment ça se passe au quotidien ?

PGM : À titre personnel en effet autour de moi il peut y avoir des gens qui n’aiment pas les armes donc dans ce cas-là ça ne sert à rien d’aller sur ce point voire de leur raconter ton métier. Donc parfois François il bosse dans la mécanique !

 

DZ : Tu disais que les industries d’armement font travailler beaucoup de gens, ça génère beaucoup de chiffre d’affaires, de valeurs ajoutées pour le PIB. Tu peux nous donner un ordre d’idée, quelques chiffres de ce que représente PGM aujourd’hui ?

PGM : Quand le business tourne, PGM avec mon équipe et les sous-traitants on fait vivre à plein temps à une vingtaine de personnes. Alors, imagine quand tu parles de Rafale ou de véhicules blindés, qui sont des matériels qui coûtent bien plus cher et avec énormément de technologies (radars, armement embarqué…). Je crois qu’aujourd’hui, la DGA avec sa direction internationale a compris que fabriquer de l’armement est une chose, mais le vendre à l’étranger est primordial, car ça permet à la France de garder une connaissance et de ne pas aller acheter ces compétences à l’étranger pour s’équiper. Donc si on peut acheter la compétence en France, s’équiper en France, et en plus exporter aux alliés, je dirai qu’on a tout gagné. Pour le cas de PGM, c’est ça. Les licences d’exportation vont nous être refusées pour les pays sous embargo, mais dans ce cas-là on n’y va même pas. La Chine pour l’armement létal c’est négatif, alors on ne va pas perdre de temps à parler à un pseudo-client chinois ne serait-ce que sur un salon.

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DZ : Les salons (Milipol, Satory…) génèrent beaucoup d’exposants. Pour toi, c’est un gros apport de business ?

PGM : Il n’y a qu’au salon du Bourget où j’entends dire que Dassault ou Airbus signent des contrats. Moi je ne signe aucun contrat sur les salons. Lors des salons tu vois la plupart des unités françaises, et puis tu as des unités étrangères qui passent, et les fameux agents, des apporteurs d’affaires qui vont te proposer de te représenter dans leur pays. Tu parles avec eux de leurs besoins, car ils sont au courant du besoin local, et peut-être qu’ils sont au contact direct avec les forces qui leur exprime leurs besoins.

 

DZ : Donc une vingtaine de personnes. Et en termes de chiffre d’affaires c’est quoi PGM ?

PGM : En ce moment on est autour de deux millions d’euros par an. Les grosses années, on était au maximum à quatre millions d’euros, quand on avait de grosses commandes à l’export, avec 600 fusils à fabriquer par an.

 

DZ : Quel pourcentage représentent ces ventes à l’étranger ?

PGM : L’armement est vraiment variable. Donc quand tu as un très gros contrat export tu peux avoir 80% de ton CA à l’export, mais pendant une période de trois ans par exemple. Et quand il se termine, tu fais autre chose. Moi j’ai une activité que j’ai développé depuis 2004 qui est la gamme le tir sportif. Puisque forcément on a des armes très bien conçues, costaudes, très précises, alors pourquoi ça n’irait pas pour des tireurs sportifs ? C’est une clientèle qui est fière d’acheter un fleuron français, et en plus ça fonctionne dans le temps et c’est très précis en cible.

 

DZ : Le tir sportif est quelque chose en vogue ?

PGM : Oui, et là je remercie tous les gens qui de près ou de loin participent à la création ou en tant que compétiteur aux « King of one mile » ou « King of two miles » qui sont des disciplines venues des États-Unis et qui depuis deux-trois ans sont arrivées en France et rassemblent des tireurs passionnés longue distance.

 

DZ : C’est un fusil quand même assez cher, c’est accessible pour un particulier ?

PGM : Je te dirai que pour les qualités ce n’est pas cher, et par rapport à la concurrence de ce niveau de performance, on n’est pas plus cher. Aujourd’hui, vous êtes client français, vous appelez PGM on vous répond en français, vous avez un SAV, vous n’avez pas de délai monstrueux parce qu’il faut faire venir la pièce des États-Unis. Oui c’est une clientèle qui, pour une part peut être aisé, mais il y a aussi des gens qui sont tout simplement passionnés et plutôt que de mettre leur argent dans la cigarette, les restaurants ou les voitures, vont mettre ça dans le tir.

 

DZ : En ce moment il n’y a plus de restaurants… Justement, le covid a-t-il impacté PGM ?

PGM : Non ça ne nous a pas impacté. Je dirai que ça a permis à nos clients, qui pour certains ne bossaient pas ou avaient plus de temps à la maison, d’avoir davantage le temps de réfléchir à leurs besoins. Donc finalement je dirai qu’en termes de chiffre d’affaires on a sauvé les pots cassés. Par contre on a le problème des stands de tir qui sont fermés. C’est dommage d’avoir des armes pour pratiquer son sport favori, mais de ne pas pouvoir accéder au pas de tir. Et après en effet, industriellement parlant, c’est un vrai problème en termes de logistique pour expédier, pour recevoir les pièces. À un moment on devait envoyer une commande pour un pays client dans l’Union européenne, il n’y avait pas un avion qui décollait. Et donc là c’est une catastrophe.

 

DZ : Il y a beaucoup de stands de tir adaptés à ce type d’armement en France, pour des tirs à plusieurs centaines de mètres ?

PGM : La plupart des stands FFT sont à 50m, 100m, 200m, voire 300m pour les plus chanceux. Mais pour pratiquer vraiment la longue distance, on peut adhérer à un CSA (un Club Sportif et Artistique du Ministère des Armées) pour bénéficier des infrastructures de tir sur lesquels les forces s’entraînent, le samedi par exemple. Il doit y en avoir à Mailly-le-Camp, Caylus, Canjuers, Le Mans. Et c’est très bien parce qu’en ouvrant leurs infrastructures aux tireurs sportifs, j’imagine qu’il y a un dialogue entre les militaires et les tireurs sportifs, ça permet d’échanger sur les pratiques.

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DZ : Ça peut être une façon de recruter aussi ?

PGM : Oui, peut-être une façon de recruter, et une façon de partager des avis. Nous on fait essentiellement des armes pour l’opérationnel et on se rend compte que ces armes marchent extrêmement bien pour une activité de tir sportif. Et finalement, une arme qui a été uniquement faite pour le tir sportif ne serait pas du tout utilisable tactiquement. Donc aujourd’hui nos armes sont au Mali, elles sont dans les unités d’intervention au GSG 9 en Allemagne, dans les polices cantonales suisses, dans des SWAT Team aux États-Unis, et ce sont les mêmes armes que vous allez pouvoir voir entre les mains d’un tireur sportif.

 

DZ : En France, ce n’est pas comme aux États-Unis, les gens sont moins armés, et c’est peut-être plus tabou aussi. Pourtant, je crois avoir vu qu’il y a une explosion du nombre de tireurs sportifs et de plus en plus de gens qui se mettent à ça. Comment tu l’expliques ?

PGM : Est-ce qu’il y a un effet de mode, un effet attentat, je ne sais pas, je n’ai pas les statistiques sous les yeux. C’est difficile de se prononcer précisément. Moi je constate qu’avec ces grosses compétitions de tirs à longue distance qui sont arrivées en France il y a deux ou trois ans, les gens qui avant tiraient à courte distance sont intéressés par ce genre de compétition, pendant lesquelles on peut se rassembler et s’affronter sur des distances de 1000 mètres, 2000 mètres. Pour le business du tir longue distance, c’est bénéfique en tout cas.

 

DZ : Tu parlais de l’Hécate II et du fait que c’était une révolution dans les armées. C’était le premier fusil pour les tireurs d’élite qui tiraient avec des cartouches 12.7 ?

PGM : Alors ce n’est pas le premier, les forces spéciales avaient un peu de fusils McMillan ou Barrett. Mais ils n’en étaient pas contents, soit parce que ce n’était pas précis, soit parce que c’était fragile. Le McMillan avait des crosses qui cassaient, parce que c’était une sorte de gros fusil de chasse et il y avait un tel recul que, comme disent les gens à l’époque, vous tiriez deux fois, une fois avec l’épaule gauche et une fois avec l’épaule droite !

Nous on est arrivé en plan crash en 1994-1995 juste avant le contrat armée française pour les tests. À Sarajevo les Casques bleus et les militaires français se faisaient allumer par des tireurs d’élite serbes et les Français, je crois, n’avaient pas grand-chose pour riposter. Peut-être du canon 20mm sur les VAB, un peu de McMillan. En tout cas quand il y a eu l’appel d’offres qui est tombé ; ces deux marques américaines étaient face à nous et PGM avec un canon plus court était plus précis et surtout c’était une technologie complètement novatrice avec justement le châssis poutre.

 

DZ : Vous avez équipé toutes les forces conventionnelles ?

PGM : L’armée de terre conventionnelle, c’est-à-dire toutes les unités d’infanterie de France, et puis les paras (2e REP, 3e RPIMA, 8e RPIMA, 1er RCP…). C’est pour ça que dans le cadre de la revalorisation avec la SIMMT (ndlr : Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres) qui est organisée depuis un an, on a supprimé toutes les pièces en bois qui étaient dans la crosse ou le pistolet, pour passer en polymère. On est aussi en train de changer de lunette ; avant on avait une lunette qui grossissait 10 fois, maintenant l’Hécate II va être doté d’une lunette à grossissement variable 5-25, ce qui va complètement changer la vie des tireurs d’élite.

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DZ : Il va être plus léger ?

PGM : Non, il ne va pas être plus léger ! Il pèse, mais c’est ce qui explique sa longévité. C’est un fusil qui va être très fiable. S’il est lourd, c’est qu’il a un gros canon, donc c’est un canon qui ne va pas chauffer très vite, et donc qui va garder la précision. L’arme lourde est aussi plus stable, elle va avoir moins de recul, va faire moins mal et donc tu vas moins appréhender le départ de coup. Et je ne pense pas qu’aujourd’hui on aurait pu avoir cette fiabilité et cette précision avec un fusil moins lourd.

 

DZ : Pour ceux qui ne connaissent pas ce fusil, est-ce que tu peux nous dire combien il pèse ?

PGM : L’Hécate II en ordre de combat (c’est-à-dire chargeur sept coups pleins et avec sa lunette), on est à 17kg. Pour comparaison, l’Ultima Ratio Commando II qui avait été fait pour le 1er RPIMA, l’EPIGN, les unités paras, en ordre de combat on est à 6-7kg.

En taille, crosse pliée on est à 75cm pour l’Ultima Ratio, et 1m20 pour l’Hécate II (qui a une crosse amovible, pas pliante)

Les tireurs doivent être costauds en effet ! Mais si on regarde la mitrailleuse en calibre 50, la fameuse Browning, trépied et mitrailleuse c’est très lourd (ndlr : 72kg chargée avec trépied, 38kg non chargée et sans trépied)

 

DZ : Tu parlais d’évolutions de l’arme. Cette évolution est faite en partenariat avec les forces armées, vos clients ? Ils vous font remonter des choses et vous avez une sorte de cahier des doléances dans lequel vous venez piocher des idées ?

PGM : Complètement. Par exemple les premiers Hécate pour le 1er RPIMA et qui sont partis à Sarajevo, sont revenus quelques mois après avec des doléances de modifications. Ce sont ces modifications qui ont permis de faire la version II.

Je procède de la même manière aujourd’hui quand je travaille avec une unité française ou étrangère qui demande une amélioration notamment pour l’adaptation d’optique de nuit. Les rails picatinny longs sont ces grandes pièces longilignes au-dessus de l’arme, sur lesquelles on vient fixer la lunette jour. Il n’y avait pas besoin à l’époque que ce soit long. Mais quand les ad-on (les intensificateurs de lumière, les lunettes thermiques qu’on vient fixer devant la lunette jour) sont arrivés sur le marché, on s’est demandé comment venir les fixer. C’est là qu’on s’est mis à faire des systèmes de fixation très longs permettant de fixer différentes optiques. Ce qui est très intéressant sur les armes PGM, c’est que ce sont des bases mécaniques qu’on peut faire évoluer.

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DZ : Que penses-tu de toutes les évolutions qu’on voit, qui sont encore de la science-fiction (soldat du futur avec le tout électronique), quelle vision en as-tu ?

PGM : Cette vision, on peut l’avoir. Par exemple l’intensificateur de lumière, la lunette thermique, c’est de l’électronique donc il faut des batteries.

Une lunette jour c’est que de l’optique. Tu peux avoir un petit réticule lumineux pour éclairer en rouge ta croix centrale, mais il n’y a pas d’électrique. Mais par exemple le tireur d’élite va travailler en groupe avec un observateur, qui a normalement un télémètre (pour donner une distance), ou un logiciel balistique. Parce que la balle en sortant du canon va commencer à chuter à cause de la gravité, on doit donc faire des tables de tir, soit papier (si on n’a plus de batterie) soit avec des logiciels balistiques (mais on est dépendant des batteries). Donc ta cible est à autant de mètres, avec telle pression atmosphérique, un vent de telle direction à telle vitesse. En quelques clics tu peux avoir tes réglages, ou comme à la vieille école travailler avec du papier et savoir travailler avec son réticule ne serait-ce que pour faire une estimation de distance.

On a même des pays qui nous demandent de leur livrer des fusils à lunettes avec les organes de visée mécaniques, parce qu’ils prévoient que si un jour la lunette vient à être cassée, on déplie ses organes de visée mécaniques et jusqu’à une certaine distance la mission de destruction peut être accomplie.

 

DZ : On parlait d’accessoires. Vous en produisez et vendez ?

PGM : Tout à fait, c’est quelque chose que j’ai développé depuis 2004. Il y a des choses qui existaient déjà chez PGM, comme les montages de lumière, réducteurs de son… Ce sont des choses qu’on a fait évoluer.

Maintenant on fabrique la totalité de nos bipieds, dont certains qui viennent s’adapter sur la plupart des armes du commerce, comme notre fameux bipied pour rail picatinny à montage rapide. Ce dernier a été choisi par la DGA pour équiper les fusils Scar en 7.62 qui vont remplacer le FR F2. Donc aujourd’hui on a une vraie expertise d’équipementier, fabrication française, conception française. Pour fixer une lunette, avant on pouvait acheter des montages allemands, américains, et bien maintenant vous avez la possibilité de monter votre lunette sur un système français.

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DZ : C’est une grosse partie de votre activité les accessoires ?

PGM : Stratégiquement, c’est quelque chose que je souhaite développer parce que forcément c’est moins cher qu’une arme et ça reste très qualitatif. Et peut-être qu’un client qui n’a pas les moyens d’acheter un Ultima Ratio pour faire du tir sportif va commencer par acheter un bipied chez PGM, un montage de lunette, va se rendre compte qu’il y a une qualité, qu’il va être livré dans les temps, qu’on va lui répondre aimablement, qu’il a vite un devis, et que ça fonctionne. C’est bon pour nous, pour l’image de la société.

D’ailleurs aujourd’hui on fait un petit clin d’œil sur le gravage de nos accessoires, on ne met pas forcément « made in France », mais « fabriqué en France », parce qu’aujourd’hui il ne faut pas oublier que la France est dans le top 5 des exportations d’armes dans le monde. Il y a une expertise française, et PGM en fait partie. On fabrique en France, on est content de le faire, de vendre en France et à l’étranger et on met énormément de passion à le faire bien.

 

DZ : Pour terminer, une question que je pose à chaque invité de mon podcast : quel conseil tu donnerais à quelqu’un qui a envie de se lancer dans ce business, qui pourrait peut-être craindre un peu les contraintes administratives, l’image que ça peut renvoyer, etc ?

PGM : Déjà, c’est un long processus administratif. Car aujourd’hui il faut déclarer l’ouverture de commerce, et il faut avoir un diplôme d’armurier qui est obligatoire depuis 2019. Avant cela nous étions couverts par notre autorisation de fabrication et de commerce de matériel de guerre ; j’ai dû passer ce diplôme, et c’était intéressant parce qu’on avait les compétences sur la partie administrative, mais ce diplôme d’armurier te remet les idées au clair sur tout ce qui est législatif, ouverture du commerce, la sécurité… On était nickel là-dessus, mais il y avait des choses intéressantes à revoir, et puis de toute façon c’était nécessaire pour continuer à exercer notre commerce au moins auprès des civils.

Donc le conseil que je donnerai, c’est déjà d’avoir ce diplôme d’armurier, bien réaliser les démarches auprès de la Préfecture pour ouvrir son commerce, être en règle au niveau de l’espace de fabrication et de l’espace de vente.

Et après, soit on est armurier et revendeur, artisan, réparateur, ou soit on veut devenir industriel et là, c’est long donc il faut avoir une bonne idée, des finances, les épaules, le moral, et vite avoir des ventes pour rentabiliser tout ça. Aujourd’hui je pense qu’il faut vraiment faire la différence entre l’activité d’armurier « de ville » qui va équiper les chasseurs, les tireurs sportifs, mais qui ne va pas fabriquer. Ça sera un vendeur, un réparateur, un conseiller, mais pas un fabricant. Ceux qui vont fabriquer des armes, ce sera pour de la toute petite série essentiellement pour le tir sportif.


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