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Les drones au sein de l'armée de l'Air et de l'Espace et de la Marine nationale

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Petite histoire des drones 

Des drones sont utilisés depuis la Première Guerre mondiale mais leur utilisation militaire à grande échelle date des années 60. En France, des drones R20 de Nord-Aviation sont opérationnels entre 1966 et 1976. Ils servent à surveiller les champs de bataille. La France déploie des drones expérimentaux MART lors de la première guerre du Golfe (1990-1991) (drone expérimental MART) et en ex-Yougoslavie avec le CL-289 en 1996 et le Crécerelle en 1998.

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Mais la France a pris énormément de retard dans le domaine des drones. Elle a notamment mis du temps à comprendre leur intérêt dans les opérations militaires modernes. Un rapport de la Cour des comptes datant de 2020 a rappelé une énième fois cet échec français. Il pointe une réaction nationale tardive et insuffisante au regard des enjeux. "Résultat d’un intérêt croissant pour les drones, les investissements liés aux programmes d’acquisition se sont accélérés ces dernières années, surtout depuis 2015, mais restent encore limités au regard des potentialités de ces équipements, en termes d’efficacité et de coûts", observent les sages. 

L'armée de l'Air et de l'Espace française est devenue une experte des drones aériens au cours des dix dernières années. L'aspect incontournable de ces systèmes a été compris et ils sont de plus en plus intégrés dans la chaîne de renseignement et de commandement des opérations. L'armée de l'Air les emploie en continue en opérations, et ils sont notamment employés contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne afin de recueillir du renseignement, pour des missions de reconnaissance et au besoin d'élimination des objectifs. Mais ces drones de théâtre MALE sont fabriqués par une société américaine et le projet européen d'Eurodrone tarde à arriver. Le rapport de la Cour des comptes estime ainsi que le besoin en drones doit être "suffisamment anticipé pour éviter de devoir acheter du matériel étranger". 

La Marine nationale est équipée en drones sous-marins (lutte anti-mines) depuis longtemps. Concernant les drones aériens, des programmes ont certes été lancés mais plusieurs fois retardés. Ces drones sont pourtant essentiels pour surveiller la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde.  

 

 

Les drones MALE Reaper MQ-9 de l'armée de l'air

Les drones MALE Reaper sont des drones de théâtre qui assurent des missions de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de désignation d'objectifs. Un système Reaper comprend 2 stations sol et trois vecteurs (drones). 

L'Armée de l'air dispose de six drones MQ-9A Reaper block 1 et de six drones MQ-9A Reaper block 5 : 

  • Les deux premiers drones MQ-9A Reaper block 1 sont entrés en service en 2014. Les six seront remplacés par six MQ-9A Reaper block 5 à l’issue d’une manœuvre qui sera conduite à l’horizon 2023-2024.
  • Les six drones MQ-9A Reaper block 5 ont été livrés en 2020. En 2024, ils seront mis au standard block 5 « ER » (extended range). 

  

 

  • Caractéristiques du drone MALE Reaper MQ-9

Un oeil américain dans l'armée française

La France et l'Europe n'ont pas encore de capacité souveraine sur le segment des drones MALE, le projet Eurodrone ayant pris beaucoup de retard. La France a donc été contrainte de s'équiper aux Etats-Unis chez General Atomics qui développe les drones MALE Reaper. 

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Un choix qui présente des inconvénients. La France a par exemple besoin de l'autorisation du Congrès américain pour utiliser les drones MALE sur d'autres théâtres d'opérations que le Sahel et la maintenance des premiers modèles est assurée sur site par l'industriel américain.  

Ces drones de théâtre dotent les militaires d'une capacité majeure en termes de connaissance et d'anticipation. Selon le gouvernement, ils sont ainsi devenus essentiels dans les zones de conflit moderne.

 

Caractéristiques techniques du MALE Reaper

Les drones MALE Reaper mesurent 20 mètres d'envergure et pèsent 5 tonnes. Ils sont dotés d'une très grande discrétion, autant sonore que visuelle. Capables de voler 24 heures de suite, ils peuvent assurer des missions d'observation dans des zones éloignées (environ 15 heures au-dessus d’une zone de mission située à 1.000 km de leur base). Ils sont aussi en capacité de diffuser en direct les données recueillies grâce aux réseaux de conduite et commandement interarmées et interalliés. 

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Ils sont également équipés de capteurs embarqués ultra-modernes : une boule optronique avec des caméras jour, des infrarouges et un radar SAR-GMTI. Ils sont chacun composés de quatre membres d'équipage : le pilote à distance, l’opérateur capteur, le coordinateur tactique et l’opérateur image. Depuis 2019, les drones MALE Reaper MQ-9 sont armés.

 

Le MALE Reaper MQ-9 block 5

Le Reaper au standard 5 est plus performant que le standard 1. Il est doté d'une radio supplémentaire, d'une plus grande autonomie de vol, et d'une boule optronique de meilleure qualité. Autre nouveauté, sa maintenance est exclusivement assurée par des mécaniciens français. Et d'ici 2023, il sera équipé d'une nacelle de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM), permettant de multiplier par dix ses capacités de collecte d’informations. 

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Suite au premier vol du Reaper Block 5 à Niamey le 25 mars 2021, l'emploi des Reaper block 5 a été autorisé en opérations extérieures. Le 14 mai 2021, il a d'ailleurs effectué son premier vol opérationnel. Ce nouveau standard permettra de doubler la capacité de l'armée de l'air en drones MALE d'ici fin 2022.  

 

  • Armement de drones MALE Reaper MQ-9

Equipement et conditions d'emploi

En 2019, le Reaper MQ-9A Reaper block 1 a été équipé de bombes GBU12 à guidage laser de 250 kilos pièce (déjà employées par les avions de chasse). Et bientôt, le Reaper MQ-9A Reaper block 5 sera armé de bombes GBU12 à guidage laser, de bombes GBU49 à guidage dual, GPS ou laser, et de missiles air-sol Hellfire.

C'est en 2017 que Florence Parly, la ministre des Armées, prend la décision de lancer le processus d'armement des drones MQ-9 Reaper Block 1 avec des bombes GBU-12. Les arguments avancés pour cet armement sont un gain de temps précieux entre l'identification d'une cible, potentiellement très mobile, la prise de décision et l'éventuelle destruction de cette cible. Un avantage dans des zones comme le Sahel, selon le gouvernement.

Mais la France assure que la décision de tir d'un drone relève de la décision humaine. Le ministère des Armées explique ainsi que les opérateurs drones sont toujours impliqués, que ce soit dans le choix de la cible, dans le moment et la façon de délivrer l'armement ou le guidage de l'arme. Et ils agissent aussi en coopération avec les forces avec lesquelles ils sont déployés pendant leur mission. 

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Le ministère garantit également que les conditions d'emploi des drones armés respectent le principe de proportionnalité énoncé dans le droit international humanitaire, c'est-à-dire les principes de distinction, nécessité, proportionnalité, précaution et humanité.

 

L'armement des drones pose des questions éthiques

En décidant d'armée ses drones, la France a ainsi rejoint la liste restreinte des nations utilisant ce type de drones (une dizaine dont le Royaume-Uni, les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, la Turquie…).

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Dans leur rapport sur les drones daté de juillet 2021, les rapporteurs évoquent l'accueil de l'armement des drones par les Français. Ils concluent que "l'armement des drones n’a pas emporté de conséquences sur la perception de l’action de la France par l’opinion publique". Ils estiment que "la France aurait pu armer ses drones plus tôt" et que "le débat national autour de l’armement des drones reposait d’abord sur l’importation de problématiques propres aux États-Unis, liées à l’utilisation des drones par la Central Intelligence Agency (CIA) pour des opérations d’éliminations ciblées, en particulier dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme." 

Un article de Mediapart datant de septembre 2020 dénonce note pourtant qu' "aucune enquête d’opinion n’a été menée auprès de la population française au sujet des drones armés". Le journal en ligne pointe également le manque de transparence de l'armée française quant à l'utilisation de ses drones armés. 

Aymeric Elluin, responsable de plaidoyer Armes et Justice internationale au sein de la section française de l’ONG Amnesty International, s'inquiète dans Mediapart de l'emploi des drones armés par l'armée française : « Nous ne sommes pas opposés aux drones armés. Mais nous craignons des dérives. Avec un avion de chasse, on ne fait pas d’assassinat ciblé. Avec un drone, si. N’y a-t-il pas le risque, surtout au Sahel, de voir un glissement vers des pratiques inavouables qui ne respecteraient pas les règles des droits humains, comme des exécutions extrajudiciaires ? Le seul moyen d’éviter une dérive en la matière est de rendre transparentes la chaîne de responsabilité, les règles d’engagement et les enquêtes lorsqu’il y en a ». Fin 2019, des militaires confiaient leurs réserves à l'AFP. Un haut gradé de Barkhane avertissait : « Des frappes inappropriées, c’est 50 recrues de plus » pour les groupes armés.

 

  • Utilisation des drones MALE Reaper MQ-9 au Sahel

Au Sahel, les drones Reaper de l'armée de l'air appuient la plupart des interventions des armées françaises. Les drones armés sont employés pour traquer les djihadistes et potentiellement éliminer les ennemis identifiés au sol.  

Le 21 décembre 2019, l'armée française annonce que, pour la première fois, un drone Reaper armé a été utilisé pour frapper une cible à distance. Cette opération a eu lieu dans la forêt de Wagadou, au Mali, où se trouve la Katiba Macina, une unité combattante salafiste djihadiste. Deux jours plus tôt, l'armée française annonçait avoir achevé de tester l'armement de ses drones.  

 

En 2020, "les drones Reaper ont effectué 58% des frappes aériennes réalisées, contre 29 % pour la chasse et 13 % pour les hélicoptères d’attaques de l’aviation légère de l’armée de terre", selon le rapport sur les drones de l'Assemblée nationale publié en juillet 2021. Les rapporteurs notent que l'armement des drones Reaper "permet le déclenchement de frappes d’opportunité et ainsi d’intensifier notre action contre les groupes armés terroristes qui sévissent au Sahel". 

Les trois systèmes de drones MALE de la base aérienne projetée de Niamey (Niger) sont employés en permanence. Ils comptabilisent 8.000 heures de vol par an. Et ils collectent près de 50% du renseignement d’origine image (ROIM) recueilli en bande sahélo-saharienne. 

Les drones Reaper ne possèdent cependant pas de dispositifs d'autoprotection, ce qui les rend vulnérables car faciles à abattre. 

 

 

Les drones de contact de l'Armée de l'air et de l'Espace

L'armée de l'Air et de l'Espace possède bien moins de drones de contact que l'armée de terre mais, progressivement, elle s'en équipe, en particulier pour la surveillance de ses emprises.  

L'armée de l'Air et de l'Espace est ainsi équipée de 270 systèmes de drones de contact (un ou deux vecteurs aériens par système). Parmi eux des micro drones qui pèsent moins de 2 kg et des mini drones de moins de 25 kg. L'armée de l'air est ainsi équipée de nano drones Black Hornet de la société américaine FLIR.

 

 

D'ici fin 2022, plus de 100 vecteurs de mini-drones (autonomie de 2 heures, portée de plus de 15 km, recueil d'informations en direct) devraient être livrés et mis en œuvre par l'armée de Terre et à moyen terme par l'armée de l'Air et de l'Espace. 

L'armée de l'Air et de l'Espace sera bientôt équipée de micro-drones Anafi de Parrot. Sur les 300 micro-drones commandés par l'armée française au printemps 2021, 12% sont destinés à l'armée de l'Air et de l'Espace. 

 

 

L'Eurodrone MALE

Le projet Eurodrone a pour but d'assurer à la France et à l'Europe une capacité souveraine en drones MALE. Le projet est davantage stratégique que technologique puisque l'Eurodrone ne sera pas plus performant que le Reaper.

En juin 2021, l'Eurodrone est enfin entré en phase de réalisation, après plus de vingt ans de discussions et de blocages sur la construction d'un MALE européen. Ce projet est issu d'une coopération entre la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. En France, il a pour but de remplacer les MALE Reaper de l'armée de l'air. 

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L'Eurodrone est construit sous maîtrise d'œuvre d'Airbus Defence and Space GmbH (Allemagne), accompagné de Dassault Aviation (France), Leonardo (Italie) et Airbus DS SAU (Espagne). En tout, 20 systèmes soir 60 aéronefs destinés aux quatre armées (7 pour l'Allemagne, 5 pour l'Espagne, 4 pour l'Espagne et 4 pour la France) ont été commandés et ce pour un budget total de 7,1 milliards d'euros. L'Allemagne devrait recevoir son premier système équipé de trois vecteurs en 2027. 

Quant à la France, elle devrait recevoir son premier Eurodrone en 2028 (trois ans après la date fixée par la LPM). Ce premier Eurodrone est destiné à l'Armée de l'air. Mais l'Eurodrone pourrait aussi intéresser la Marine nationale. 

Des points de discorde résident cependant puisque l'Allemagne est réticente à l'idée d'armer l'Eurodrone, un armement nécessaire pour assurer son exportabilité selon les trois autres pays. Et le choix du moteur sera arrêté d'ici la fin de l'année 2021. 

A noter également, comme le relèvent les sénateurs dans leur dernier rapport sur les drones "qu'au moment où les premiers systèmes Eurodrone seront livrés, les Etats-Unis seront sur le point de mettre en service le successeur du Reaper, un appareil censé être plus endurant, plus furtif et plus intelligent que ce dernier".

 

 

Parc des drones de la Marine nationale

Par rapport à l'armée de Terre et à l'armée de l'Air et de l'Espace, la Marine nationale est en retard dans l'utilisation des systèmes de drones. En 2017, elle a néanmoins publié une doctrine des drones aériens. Avant 2022, elle publiera un document sur les drones dans la guerre des mines. Et elle a engagé une réflexion doctrinale sur la guerre des fonds marins. Plusieurs programmes sont également en cours. Ainsi, dans les années à venir, la Marine nationale verra son parc de drones augmenter.

 

  • Peu de drones en opération

Actuellement, en opérations, la Marine emploie peu de drones, seulement des drones Phantom de DJI dont elle possède 25 vecteurs. Ces micro-drones pèsent moins de 2 kg, sont capables de couvrir un rayon de 2 km et possèdent une autonomie de 20 minutes. 

Sur les 300 micro-drones Anafi de Parrot commandés par l'armée française au printemps 2021, 28% sont destinés à la Marine nationale. 

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Elle a engagé plusieurs expérimentations et certains drones sont en cours d'évaluation, comme indiqué dans le tableau ci-dessous, établi par les rapporteurs dans leur rapport de juillet 2021 sur la guerre des drones : 

 

Catégorie

Nom / fabricant

Caractéristiques

Nombre de systèmes / nombre de vecteurs

Drones sous-marins

Alister 9 / ECA

Drones sous-marins légers

6 vecteurs

Drones aériens tactiques

S-100 / Schiebel

Décollage et atterrissage vertical / Voilure tournante / 200 kg / Autonomie d’environ 5 heures

 

4 vecteurs non-utilisables car impossibles à certifier

3 systèmes / 6 vecteurs

Mini-drones aériens

DVF 2000 / Airbus

Voilure fixe / 12 kg /1 heure d’autonomie

 

Fin de vie été 2021

1 système / 1 vecteur

RQ-20 Puma / AeroVironment

Voilure fixe / 8 kg / 2 heures d’autonomie

 

En attente de certification DGA & ASA

3 systèmes / 6 vecteurs

Micro-drones aériens

NX-70 / Novadem

Quadrirotor / 1 kg / 40 minutes d’autonomie / Rayon de 4-5 km

 

Autorisé d’emploi

13 vecteurs

ANAFI / Parrot

Quadrirotor / < 1 kg / 32 minutes d’autonomie / Rayon de 4 km

 

En cours d’évaluation

85 vecteurs

Phantom / DJI

Quadrirotor / < 2 kg / autonomie 20 minutes / rayon de 2 km

 

Utilisé en opération

25 vecteurs

Mavic / DJI

Quadrirotor / < 2 kg / autonomie 20 minutes / rayon de 2 km

 

Autorisé d’emploi

16 vecteurs

Nano-drones aériens

Black Hornet / Teledyne FLIR

Décollage et atterrissage vertical / 33 grammes / Autonomie de 25 minutes / Rayon de 2 km

 

En service

10 systèmes / 30 vecteurs

 

 

  • Les SMDM

En mars 2021, le ministère des Armées a commandé 11 systèmes de mini-drones aériens embarqués pour la Marine (SMDM) du modèle Aliaca (DVF 2000) à l'entreprise Survey Copter (filiale d'Airbus) pour 19,7 millions d'euros. Ces drones de contact seront livrés à la Marine nationale entre 2021 et 2023. 

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Ces SMDM sont destinés à équiper les patrouilleurs haute mer (PHM), les futurs patrouilleurs outre-mer (POM), les frégates de surveillance, et les frégates de type La Fayette et Floréal. Ils effectueront des missions de surveillance et de reconnaissance en mer. Les drones Aliaca sont conçus pour des missions autour des navires : contrôle des opérations illégales en mer, amélioration de la compréhension de la situation tactique, recherche et sauvetage, détection de la pollution, surveillance du trafic, suivi de comportements suspects à proximité du navire…  

Chaque système Aliaca à voilure fixe est composé de deux mini-drones. Il mesure 3,6 m d'envergure, pèse 16 kg, a une autonomie de 3 heures, un moteur électrique et un rayon d'action de 50 km. Il est propulsé par catapulte et réceptionné à bord dans un filet à la fin de sa mission. Il retransmet en direct les images et données recueillies pendant son vol, de jour comme de nuit. Il est aussi équipé d'un récepteur AIS (système d'identification automatique des navires).

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A terme, la Marine nationale devrait être dotée d'environ 25 systèmes. Des systèmes similaires sont utilisés par les marines américaine et britannique depuis une quinzaine d'années. 

 

 

Marine nationale : des capacités en drones en cours de développement

Si la Marine nationale a pris du retard dans la constitution de son parc de drones, plusieurs programmes sont en cours afin de développer ses capacités en drones : le système de lutte anti-mine du futur (SLAM-F), le programme Capacité hydrographique et océanographique future (CHOF) et le système de drone aérien marine (SDAM).

 

  • Le système de lutte anti-mines du futur (SLAM-F)

 Le système de lutte anti-mines du futur (SLAM-F) a pour but de renouveler les capacités françaises de lutte contre les mines navales et de permettre aux marins d’opérer à distance de la zone de danger grâce à l’utilisation de plusieurs drones sous-marins et de surface, comme des robots télé-opérés ou encore des sonars remorqués. Le lancement en réalisation a débuté en octobre 2020. 

Pour une version française sur ce nouveau système, suivre ce lien.

Ces systèmes de drones serviront ainsi à détecter, classifier, localiser et neutraliser les mines jusqu’à 300 mètres de fond, permettant ainsi de maintenir les bâtiments de la Marine et de protéger l'accès aux ports français. "Il contribuera notamment à assurer la liberté de manœuvre de la force de dissuasion nucléaire en sécurisant la mise en œuvre des unités stratégiques de la marine nationale comme le goulet de Brest ou la rade de Toulon", expliquent les députés dans leur dernier rapport sur les drones. 

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Ces systèmes de drones sont au cœur des « Maritime mines counter measures » (MMCM), une coopération entre la France et le Royaume-Uni dans le cadre de l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR). 

Au total, huit systèmes de drones anti-mines, cinq nouveaux bâtiments bases pour plongeurs démineurs et quatre à six bâtiments de guerre des mines, sont attendus d'ici 2030. 

 

  • Le programme Capacité hydrographique et océanographique future (CHOF)

Le programme Capacité hydrographique et océanographique future (CHOF) consiste en la mise en œuvre de drones de surface et sous-marins et ce depuis des navires porteurs. Ces drones endurants pourront recueillir des données pendant plusieurs jours.  

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Il "renouvellera les capacités hydrographiques et océanographiques actuelles – autour des bâtiments hydrographiques Lapérouse, Borda et Laplace, mis en service en 1988 et 1989 – par des bâtiments hydrographiques de nouvelle génération (BH-NG), des charges utiles (drones et capteurs) et une capacité de traitement de données adaptés", précise le rapport des députés. 

La phase de réalisation de ce programme a été décalée d'un an et la livraison est prévue pour 2027-2028. 

Avec ses programmes SLAM-F et CHOF, la France est pionnière dans le développement de capacités en drones pour faire le poids dans un des nouveaux espaces de conflictualité : les grands fonds. En effet, 95% des données mondiales échangées passent par les câbles de communication qui traversent les océans. Des câbles qui ne sont pas à l'abri de tentatives d'espionnage ou de sabotage. C'est ce qu'on appelle la "guerre des grands fonds" ("seabed warfare" en anglais). Le 4 mai 2021, la ministre des Armées Florence Parly a ainsi annoncé que la France allait "investir dans ce nouveau domaine que sont les abysses par l’acquisition de premières capacités sous-marines que seront des drones d’investigation et d’actions" dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire 2019-2025.

 

  • Le système de drone aérien de la marine (SDAM)

Le système de drone aérien de la marine (SDAM) prévoit le développement d'un drone, complémentaire des hélicoptères embarqués, qui équipera les navires qui disposent d'un pont d'envol. Ce drone aérien servira d'éclaireur. Ainsi, il aura pour mission de repérer, identifier, et classifier les comportements anormaux et les menaces. 

  

Ce programme est en phase de préparation. Des essais sont prévus pour 2021. Et le lancement en réalisation devrait avoir lieu en 2026. L'objectif fixé est de 15 systèmes de drones qui doivent équiper l'ensemble des bâtiments de premier rang. 

Le système de drone devrait présenter une autonomie de 10 heures, un rayon d'action de 185 km et il devrait emporter deux charges utiles complémentaires. 

En juillet 2020, le prototype de drone aérien destiné à la Marine nationale (VSR 700) a réalisé son premier vol libre autonome. Un vol qui a duré 10 minutes. 

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La formation de pilotes de drones

Qui dit montée en puissance de la composante de drones MALE, dit augmentation des besoins humains pour les mettre en œuvre. L'armée de l'Air et de l'Espace doit donc adapter sa formation à ce paramètre.

 

  • Formation des pilotes de drones de l'armée de l'air et de l'Espace

La formation initiale des pilotes de drones MALE est assurée par des officiers formés à l'école de l'air de Salon-de-Provence. La formation au pilotage des drones MALE dure de 8 à 12 mois. 

L'école de l'Air assure l'ensemble des parcours de formation initiale des officiers de l’armée de l’air. La formation est académique, aéronautique et militaire. 

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Une formation théorique et pratique en planeur et Cirrus SR20 apprend à voler aux officiers qui opéreront des drones. Les pilotes de drones MALE sont ensuite affectés à l'escadron de drones 1/33 Belfort où ils continuent à voler en conditions réelles sur un simulateur au standard Block 1. La co-localisation de la 33e escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque de la base aérienne 709 et de l’école de pilotage de l’armée de l’air à Cognac permet aux pilotes de drones de voler sur les avions de l’école.

Afin de fidéliser les équipages, l'armée de l'Air et de l'Espace permet aux équipages de drones MALE d'effectuer des allers-retours entre différentes spécialités. Dans ce même but, elle accorde aussi la prime de sécurité aérienne (perçue par les pilotes embarqués) aux pilotes de drones. 

 

  • Formation des pilotes de drones de la Marine nationale

L'école de télépilotes de drones aériens de la Marine nationale a ouvert en septembre 2019. Elle est située sur la base aéronavale de Lann-Bihoué (Morbihan). En juillet 2021, on comptabilise 450 opérateurs ayant reçu une formation dans cette école. 

Les marins reçoivent une formation théorique et pratique intense pendant deux semaines : sécurité et circulation aériennes, réglementation spécifique aux drones militaires, maîtrise des risques, technique (aéronautique, aérodynamisme), météo. Ils font aussi des vols simulés et des vols réels. 

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Après cette formation, les opérateurs de drones suivent un perfectionnement tactique au sein de leur unité. 

Les télépilotes spécialisés sont formés par les industriels. C'est le cas d'une dizaine de personnes, chargées de mettre en œuvre les S-100 à décollage vertical de la société Schiebel.

Les rapporteurs du rapport du Sénat sur les drones enjoignent les armées à effectuer des rapprochements ciblés pour mutualiser certains aspects des formations pilotes de drones. 


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