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Le porte-avions Charles de Gaulle en cale sèche pour six mois (actus de la semaine)

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[Marine nationale]

Le Charles de Gaulle vient d'entrer au bassin pour une période d'entretien intermédiaire, qui durera jusqu'à la fin de l’année. Sous la maîtrise d’œuvre de Naval Group, ce programme de maintenances et de modernisations du porte-avions vise à préserver ses capacités opérationnelles sur le long terme.

Mis en service en 2001, l’état du seul porte-avions français est surveillé comme le lait sur le feu par l'état-major des armées. Pour garantir sa disponibilité à long terme, le navire amiral de la Marine subit chaque année quelques ajustements avant la période estivale. Comme l'explique le capitaine de vaisseau Sébastien Martinot, commandant du navire, « sur un porte-avions, la marge d'erreur est minime et il est crucial d'anticiper en permanence les prochaines étapes, d'où l'importance des opérations de maintenance préventive ».

Cependant, l'arrêt technique de 2023, diffère des années précédentes. En effet, le navire sera mis en cale sèche, ce qui permettra d'atteindre les parties immergées telles que la coque, les safrans, les hélices et les lignes d'arbres afin de vérifier leur état.

Non seulement les éléments essentiels au bon fonctionnement du navire seront révisés, mais des modifications sont également prévues pour l'hôpital de 600 m² ainsi que certains ateliers et les salles de restauration des 1 200 membres d'équipage. L'arrêt technique du navire, qui atteint désormais 22 ans, vise à prolonger sa durée de vie pendant encore une vingtaine d'années. Il devrait durer jusqu'à mi-novembre, en tenant compte des phases de préparation et d'essais, a précisé le commandant.

 

[Kosovo]

Comme nous en avions parlé précédemment, le Kosovo a connu plusieurs périodes de tensions ces deux dernières années. Tout d’abord en 2021, suite à des protestations de la population serbe du Kosovo, contre l'obligation de remplacer les plaques minéralogiques de leurs véhicules délivrées par la Serbie.

À la fin 2022, les tensions ce sont une nouvelle fois ravivé quand plusieurs partis politiques serbes ont boycotté les élections locales, qu’un policier serbe, soupçonné d'être impliqué dans la contestation des mesures relatives aux plaques d’immatriculation, a été arrêté et que le patriarche de l'Église orthodoxe serbe s’est vu interdire l’accès au monastère patriarcal de Peć. Belgrade avait alors décidé de mettre ses forces armées en état d'alerte à la frontière.

Des efforts de désescalade ont été entrepris par la KFOR (la force de l'OTAN au Kosovo), la MINUK (Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo) et la Mission civile État de droit de l'Union européenne (EULEX Kosovo). Ils étaient soutenus par les États-Unis et l'UE qui ont appelé les parties à faire preuve de retenue et à s'abstenir de toute provocation, menace ou intimidation.

Cependant, les tensions persistent. Récemment, l'intervention des forces spéciales de la police kosovare pour permettre à trois maires albanophones récemment élus de prendre leurs fonctions dans des localités majoritairement serbes a ravivé les flammes et une fois de plus, Belgrade a déployé ses forces armées à la frontière avec le Kosovo.

Alors que la communauté internationale a exhorté Pristina d’annuler sa décision de déployer ses policiers, le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, a refusé de céder, affirmant qu'il est essentiel de remplir les obligations constitutionnelles. À Zvecan au nord de Mitrovica, la KFOR a déployé des troupes pour assurer la protection des mairies concernées contre les manifestants serbes, mais des affrontements ont éclaté blessant plusieurs d’entre eux et une trentaine de soldats de l’OTAN.

La présidente kosovare, Vjosa Osmani, a accusé son homologue serbe, Aleksandar Vučić, de chercher à déstabiliser le Kosovo. Elle a dénoncé les attaques de structures serbes illégales transformées en gangs criminels contre la police kosovare, les militaires de la KFOR et les journalistes, affirmant que ceux qui exécutent les ordres de Vučić doivent faire face à la justice.

En réponse, Vučić a accusé le Premier ministre kosovar de créer des tensions et a appelé les Serbes du Kosovo à éviter les affrontements avec la KFOR tout en ordonnant une augmentation du niveau de préparation au combat des forces serbes.

La situation actuelle au Kosovo soulève de sérieuses préoccupations quant à la stabilité et à la sécurité de la région. Les tensions ethniques persistantes, les différends politiques et la polarisation croissante entre les communautés continuant d'alimenter l’instabilité de la région en proie à des conflits depuis 1999.

 

[DGSE]

Dans un rapport parlementaire de 2017, le Sénat exprimait ses préoccupations quant à la diminution constante des effectifs militaires au sein de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Cette diminution était attribuée à la réduction du vivier de recrutement au sein des armées, conséquence des suppressions massives de postes réalisées quelques années auparavant, ainsi qu'à une dépendance croissante à l'égard de contractuels civils.

Deux ans plus tard, un nouveau rapport parlementaire constatait une accélération de ce phénomène, soulignant que les difficultés les plus marquées se situaient parmi les sous-officiers disposant de qualifications spécifiques difficiles à trouver dans le civil. Les parlementaires estimaient que si cette tendance se poursuivait, elle risquait de compromettre l'efficacité et l'identité de la DGSE.

Avant 2008, la DGSE comptait 29 % de militaires parmi ses agents, à l'exception des membres de l'unité d'action spéciale, appelée Service action (SA). Depuis, les effectifs de la DGSE ont atteint jusqu'à 6 000 agents et la nouvelle Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit l'ajout de nouveaux postes pour les services secrets français sans pour autant savoir qu’elle en sera la proportion de militaires.

Lors d'une récente audition à l'Assemblée nationale, M. Émié, le directeur de la DGSE, a exprimé sa préoccupation face à cette perte de "militarité". Il a expliqué que les militaires étaient passés de 25 à 20% des effectifs depuis sa prise de fonction, soulignant que les armées ne parvenaient pas à mettre à disposition suffisamment de personnels, non pas par manque de volonté, mais en raison de contraintes budgétaires. Cette baisse de la composante militaire de la DGSE est une source de préoccupation, car le service fait partie du ministère des armées.

Le 26 mai, lors de l’examen en séance du projet de la LPM, les députés ont adopté à l'unanimité l'amendement n°298 proposé par Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, afin de préserver un seuil minimum de militaire au sein de la DGSE. Cet amendement souligne que les services de renseignement sont au cœur des priorités du projet de loi, insistant sur l'importance de maintenir un équilibre entre personnels militaires et civils.

Cependant, l'amendement adopté ne précise pas explicitement la proportion souhaitée entre les effectifs militaires et civils. M. Émié avait déclaré aux députés qu'il était essentiel de veiller à ne pas descendre en dessous de la barre des 20 % de militaires. Il est donc probable que cette limite soit prise en compte pour maintenir la cohérence avec le ministère des Armées et garantir une certaine identité propre aux services de renseignement.

 

[DGA]

La Direction générale de l'armement vient de procéder à la réception du 10e A330-MRTT Phénix destiné à l’armée de l’Air et de l’Espace grâce aux différentes opérations de vérification qu'elle a menées depuis le début d'avril. Les essais ont eu lieu en Espagne, à Getafe, où les avions civils A330 produits par Airbus à Toulouse ont été transformés en MRTT, puis en France, à Istres, où les MRTT sont testés par la DGA Essais en vol.

L'A330-MRTT Phénix est un avion polyvalent dérivé de l'avion de ligne Airbus A330. Ses capacités étendues lui permettent de remplacer plusieurs flottes d'avions anciennes générations : les C135-FR et KC135-RG pour le ravitaillement en vol, ainsi que les A310 et A340 pour le transport stratégique de personnel et de fret.

Le Phénix a été conçu pour répondre aux différentes missions assignées aux aviateurs, notamment la mise en œuvre de la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, la contribution à la posture permanente de sûreté aérienne, la projection stratégique de forces et de puissance, ainsi que le transport médicalisé d'urgence.

D'ici la fin de l'année 2023, un total de douze A330-MRTT Phénix aura été livré à l'armée de l'Air et de l'Espace.

 

[Allemagne]

Suite à la livraison récente des chars Leopard 2A6 à l’Ukraine, la commission des Finances du Bundestag a donné son autorisation pour l'achat de 18 chars Leopard 2A8 pour les forces fédérales allemandes. Le contrat avec Krauss-Maffei Wegmann (KMW), d'une valeur d'environ 526 millions d'euros, permettra de remplacer les anciens modèles et de renforcer les capacités de défense de l'Allemagne.

Mais le Bundestag a également approuvé un accord-cadre d'une valeur estimée à 2,9 milliards d’euros qui prévoit la production potentielle de 123 chars Leopard 2A8 pour les besoins futurs de la Bundeswehr. Cet accord offrait aussi la possibilité à d'autres pays d'acquérir ces chars aux mêmes conditions que celles négociées pour le ministère allemand de la Défense, notamment en termes de prix et de soutien logistique.

La République tchèque s'est immédiatement montrée intéressée mandatant sa ministre de la Défense, Jana Černochová, pour entamer des négociations en vue de l'achat d'environ 70 chars. Le colonel Ján Kerdík, directeur du département de développement des forces terrestres, a indiqué que les chars pourraient être livrés d'ici 2030.

Pour rappel, la République tchèque avait cédé ses anciens chars T-72 à l'Ukraine en échange de chars Leopard 2A4 fournis par l'Allemagne. Les Pays-Bas envisagent également de rejoindre cette initiative. Il y a quelques jours le ministère néerlandais de la Défense a exprimé son intention de réactiver les bataillons de chars qui avaient été dissous lors du retrait des chars Leopard 2A6 en 2011.

 

[Centrafrique]

En décembre 2017, la Russie a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies une exemption à l'embargo sur les armes, imposé à la Centrafrique pour équiper deux bataillons des forces armées centrafricaines (FACa). Sans opposition de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis la demande a été acceptée.

Cependant, la livraison d'armes aux FACa a été utilisée par la Russie comme prétexte pour envoyer à Bangui des instructeurs militaires civils, principalement du groupe paramilitaire Wagner. Selon le Service européen de l’action extérieure (SEAE), les hommes de Wagner auraient pris le contrôle des FACa et mènent une large campagne de propagande anti-française. En conséquence, la France a suspendu sa coopération militaire avec la Centrafrique en 2021 et a retiré progressivement ses troupes, les derniers militaires ayant quitté le pays en décembre dernier.

Depuis, la situation sécuritaire en Centrafrique reste instable malgré les efforts coordonnés de la MINUSCA et des FACa comme l’a récemment souligné le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Malgré cela, la République centrafricaine souhaite encore renforcer sa relation avec Moscou et envisage d'accueillir une base militaire russe pouvant abriter entre 5 000 et 10 000 soldats. L'annonce officielle de cette base pourrait se faire lors du sommet Russie-Afrique en juillet prochain.

 

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