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Brèves DZ #70 : Reforme police judiciaire, reprise des relations stratégiques France-Australie, drone de combat furtif turc-qualification mini-drone Marine nationale

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[Police]

Jeudi 1er septembre, le ministre de l’Intérieur a reçu dans son bureau de la place Beauvau le directeur central de la police judiciaire (PJ), les directeurs zonaux, les chefs d’office de la police ainsi que les représentants de cette unité héritière des célèbres brigades du Tigre. L’objectif pour Gérald Darmanin : tenter de calmer l’inquiétude qui agite les rangs de la PJ depuis l’annonce de la mise en place d’une profonde réforme décidée il y a près de trois ans et expérimentée en 2020. 

Pour rappel, cette réforme souhaiterait placer tous les services de police départementaux à savoir la sécurité publique, la police aux frontières, le renseignement et la police judiciaire sous l’unique autorité d’un directeur départemental, lui-même sous l’autorité du préfet. Actuellement les services rendent compte à leur hiérarchie respective, ceux de la PJ, devant la complexité et l’étendu géographique des affaires s’adressent directement au directeur central. Mais suite à la publication du Livre blanc de la sécurité intérieure en novembre 2020, Emmanuel Macron avait rappelé quelques mois plus tard l’importance de cette réforme pour « mettre fin au tuyau d’orgue de la police ou chaque service est cloisonné dans sa chaîne hiérarchique et la nécessité de désengorger les commissariat dont les services d’investigation de la Sécurité publique traitent entre 2 et 3,5 millions de procédures par an ». 

Mais la PJ ne l’entend pas de cette oreille et depuis le début de l’été les fonctionnaires font feu de tout bois pour suspendre cette réforme qui, selon eux, menace leur savoir-faire, pourrait dissoudre leur effectif dans la masse et les obliger à traiter des petites affaires au détriment de crimes plus graves comme les meurtres, viol, braquage ou infractions financières. C’est aussi un problème géographique que relèvent les hommes de la PJ qui affirme que l’échelle d’un département, notamment dans les enquêtes de trafic de stupéfiants, serait beaucoup trop restreinte et empêcherait un travail efficace (pour exemple, aujourd’hui la direction zone sud de la PJ regroupe la région de Marseille, Nice Perpignan et la Corse). Autre problème soulevé : l’indépendance de la PJ. La justice s’est aussi emparée du sujet craignant selon l’union syndicale des magistrats « qu’avec cette réforme, la saisine au sein d’une direction unique dépendra du préfet ou du directeur départemental de la sécurité publique ! La fin de ce libre choix est inscrite dans la réforme, ce qui constitue une régression historique sans précédent. Sans parler d'une atteinte prévisible à la démocratie, cette reprise en main d'un service qui a fait la preuve de sa capacité à toucher au plus près le pouvoir exécutif nous semble être un très grave recul de l'État de droit et nous interroge sur le réel objectif poursuivi. Sans enquête indépendante, il n'est pas de justice libre et de procès équitables. »

La colère est telle que les policiers ont lancé cet été l’Association nationale de la police judiciaire (ANPJ) qui compte bien se faire entendre et multiplie depuis plusieurs semaines les communiqués et les interviews à la presse et les appels au dialogue avec le ministre. Ce dernier a tenté de désamorcer la colère des fonctionnaires lors de la réunion de jeudi, mais sa volonté de maintenir le projet n’a fait que renforcer la détermination des policiers. Une nouvelle réunion est prévue dans un mois.

 

[Australie]

Les relations diplomatiques stratégiques et militaires semblent désormais au beau fixe entre la France et l’Australie. Un an après la décision d’annulation de la commande de douze sous-marins Barracuda auprès du constructeur français Naval Group (qui serait une des conséquences directes de la création de l’alliance AUKUS entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis pour contrer le poids de la Chine dans la région Indo-Pacifique), les tensions entre Paris et Canberra semblent définitivement retombées. L’arrivée d’Anthony Albanese, le nouveau chef du gouvernement australien en mai dernier et sa volonté de « restaurer la confiance avec la France » a permis la reprise des coopérations militaires entre les deux pays. Fin août Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, s’est rendu à Darwin pour rencontrer les détachements de l’armée de l’Air et de l’Espace participant à l’exercice interallié Pitch Black 22. Une semaine plus tard, c’était au tour de son homologue australien Richard Marles d’être accueilli à Brest. Lors d’une conférence de presse, les deux ministres ont insisté sur les relations d’amitié historiques entre les deux pays et du devoir impérieux de créer une intimité opérationnelle entre les deux armées. Dans les axes d’efforts décrits par le ministre français apparaissent bien évidemment un développement des partenariats, notamment dans le domaine de la projection des forces, mais aussi dans la cyberdéfense ou le renseignement. C’est aussi une réflexion sur le format des forces françaises présentes en Nouvelle-Calédonie qui devrait être abordée lors des travaux de la future loi de programmation militaire. 

Côté industriel en revanche, même si le ministre des Armées a répété que « les industries de défense françaises sont à la disposition du gouvernement australien » certains matériels encore en dotation dans l’armée australienne n’ont toujours pas la côte. Comme le rapporte notre partenaire le journal de l’aviation : après l’annonce d’une commande de 13 hélicoptères embarqués MH-60R SeaHawk en remplacement des MRH90, le département d’État américain vient d’autoriser la vente potentielle jusqu'à 40 exemplaires (pour un montant de près de 2 milliards de dollars) d’hélicoptère UH-60M BlackHawk. La Defense Security Cooperation Agency a précisé que les BlackHawk viendront « remplacer la flotte australienne actuelle d’hélicoptères polyvalents par un système fiable et éprouvé ». Les machines visées sont évidemment les 41 NH90 de l’Australian Army qui avait annoncé sa décision l’année dernière de se séparer de la totalité des hélicoptères du consortium européen NHIndustries, officiellement pour de nombreux problèmes constatés sur les machines provoquant de multiples immobilisations de la flotte en 2019 et 2021. 

 

[Drone]

Le constructeur turc Bayraktar n’en finit pas de faire parler de lui. Déjà considérée comme la star montante des drones de combat sur la scène internationale avec son célèbre TB2 et ses nombreux succès sur le terrain depuis son acquisition par les forces armées ukrainiennes, la jeune société, dont le président n’est autre que le gendre du président turc Erdogan, vient de présenter son dernier-né : le Kizilelma. Avec ce nouvel aéronef, Bayraktar rentre dans une autre dimension. Le drone sera doté d’un turboréacteur ukrainien capable, dans le futur, d’atteindre Mach 1 à plus de 12 000 mètres d’altitude et d’emporter jusqu'à 1,5 tonne de munitions pour une charge totale de 3,5 tonnes. Si les lignes de ce drone furtif font inévitablement penser au chasseur américain F 35, ce n’est pas totalement un hasard. En effet, en 2019, la Turquie est évincée du programme F 35, dont elle était potentiellement un des plus gros clients avec une commande de 100 exemplaires, dont 30 fermes, en cause : son achat de missiles antiaériens russes S400. Problème pour Ankara, des F35B devaient armer le tout nouveau porte-aéronefs Anadolu et son futur sister-ship. La solution pourrait donc venir en partie du Kizilelma, qui lors de sa présentation  en août au Teknofest (le plus grand festival mondial de l’aviation, de l’espace et de la technologie à Samsun en Turquie) a été présenté comme un véritable avion de chasse sans pilote capable, de manière autonome, de mener des manoeuvre d’évitement ou même de combat rapproché, tout cela grâce à son intelligence artificielle embarquée. Le prototype baptisé MIUS devrait d’ici quelques mois commencer ses premiers essais de décollage et atterrissage sur porte-aéronefs. 

 

[Marine nationale]

La Direction générale de l’armement (DGA) vient de qualifier le système de mini-drones Marine (SMDM) de la société française Survey Copter. Le système SMDM se compose de deux mini drones DVF 2000 Alicia lancés par catapulte et d’une station de contrôle. Une fois la mission terminée, le drone est récupéré par un filet. D’un rayon d’action de 27 nautique (soit 50 kilomètres) pour un poids de 16 kg, il est propulsé par un système électrique d’une autonomie de trois heures. Testé au mois de juin sur un patrouilleur haute mer (PHM) au large de Toulon, le système a rapidement convaincu les marins. Il permettra notamment d’équiper les bâtiments hauturiers qui ne sont pas dotés d’hélicoptères et qui ne seront pas non plus destinataires des futurs drones aériens pour la Marine (SDAM). Les navires disposerons alors d’une capacité de renseignement et de détection dans la profondeur tout en affichant une grande furtivité. Destiné à être embarquer sur les PHM, mais aussi les frégates légères furtives type Lafayette, les frégates de surveillance et sur les prochains patrouilleurs océaniques, ils assureront diverses missions comme la police des pêches, la recherche et le sauvetage, la surveillance du trafic maritime ou la lutte antipollution. « Pendant que le PHM surveille une zone en effectuant des interrogations VHF ou en conduisant une visite, le drone peut dans le même temps investiguer des zones plus lointaines afin d’identifier les bâtiments de pêches à des distances supérieures aux portées radar et caractériser des actions de pêches par flux vidéo en temps réel. Il offre ainsi au PHM une allonge informationnelle, qui lui permet de démultiplier son efficacité pour se diriger au bon endroit et au bon moment sur des clients d’intérêt » expliquait dans un communiqué l’état-major de la Marine nationale. 

Les trois premiers drones testés devraient rapidement entrer en service opérationnel, le reste de la commande soit 11 systèmes de 22 drones en tout pour un montant de 20 millions d’euros seront mis en place dès 2023.

 

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