Major Gérald, Légion étrangère, sport, armée de Terre

Rencontre avec le major Gérald de la Légion étrangère

de lecture - mots

Bienvenue dans Defense Zone, le Podcast qui traite des questions de défense et de sécurité à travers des entretiens avec des militaires, des membres des forces de l'ordre, des personnalités politiques, ou encore des entrepreneurs.

L'objectif de cette émission audio disponible sur toutes les plateformes en ligne de Podcast est d'ouvrir au grand public les portes d'un univers d'ordinaire plutôt secrets, dans le but de donner à réfléchir à des questions qui nous concernent tous, quelles soient politiques, géopolitiques, économiques ou plus largement sociétales.

Dans ce nouvel épisode, nous partons à la rencontre du Major Gérald, l'officier des sports du 1er régiment étranger basé à Aubagne. Ce légionnaire aux parcours sportif et professionnel impressionnant s'est fait connaître du grand public sur les réseaux sociaux et notamment YouTube, où il participe au rayonnement de la Légion étrangère à travers notamment des vidéos tutoriels de sport et de musculation.

Pensez à vous abonner à ce podcast pour ne pas rater les prochains épisodes !

  

 

Présentation du Major Gérald et de ses missions

Il s’engage en février 1990 et est affecté après ses classes au 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP) à Calvi. Après 13 ans de service, il sert à Djibouti au sein de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, où il gère l’entraînement des commandos à Arta Plage. Il est ensuite affecté à Aubagne dans une unité non opérationnelle, comme officier des sports où son rôle est de « créer une dynamique sportive au sein du régiment ». En entrant à la Légion, le Major Gérald explique qu’il souhaitait intégrer les commandos de recherche et d’action dans la profondeur (CRAP), prédécesseurs de l’actuel groupement commando parachutiste. Il n’a cependant jamais pu « car on préférait me garder dans la compagnie. C’est un grand regret de ma carrière », admet-il. A son poste d’officier des sports depuis deux ans, il contrôle la condition physique des militaires, organise des compétitions internes, et prépare les soldats à leur stage ou tests. Il propose aussi des entraînements généralisés pour les services unités ou particuliers. Le Major Gérald met l’accent sur les bienfaits du sport, notamment ceux de combat, avec une devise : « attitude combattante, esprit guerrier ».

Major Gérald, Légion étrangère

 

Une attirance pour le sport dès l’enfance

Le légionnaire raconte avoir baigné dans le sport dès son plus jeune âge, avec un père « pentathlète militaire, l’un des meilleurs sur le parcours du combattant à l’époque, vers les années 60-70. » A six ans il commence le judo, puis touche à beaucoup de sports en intégrant l’école militaire, sans toutefois avoir la possibilité de se spécialiser dans l’un d’eux. Adolescent, il retourne dans une école civile et se spécialise dans le judo, puis la lutte et la sambo. Avec ces deux derniers sports, il remporte respectivement une médaille d’argent et une autre de bronze aux championnats de France. Une fois engagé, le sport fait évidemment partie de sa vie de militaire. Il commence la boxe au 2e REP, de manière sporadique à cause d’un rythme quotidien déjà soutenu. A l’école interarmées des sports de Fontainebleau, ses aptitudes de combattant se font remarquées, et lorsqu’il arrive à Aubagne il peut démarrer la compétition en pied-poing. Son nouveau rythme lui permet en effet de planifier des séances tous les soirs et de se consacrer à la compétition les week-ends. Pour lui, le sport est essentiel à chaque militaire, en développant des qualités comme « le dépassement de soi, la confiance en soi, le fait de repousser nos limites. »

 

 

Les prérequis sportifs de la Légion étrangère

Les tests sportifs sont l’un des critères de sélection des légionnaires, comme tout autre militaire. Au centre de sélection et d’incorporation (CSI), ils doivent être capable de réaliser « cinq tractions, 15-20 pompes, des flexions de jambes, un luc léger. Il faut être un minimum en condition physique », détaille le Major. La formation va ensuite entraîner et développer les compétences des recrues, mais pour atteindre les niveaux supérieurs comme le 2e REP ou les commandos parachutistes, ils devront être « très solides physiquement », précise le sous-officier, car la sélection est rude jusqu’aux forces spéciales.

Sport, sélection, Légion étrangère

Le risque de blessure

Dans ce métier où le corps est mis à rude épreuve, le risque de blessure est élevé, et surtout difficile voire impossible à éviter totalement. Dans son cas, le Major Gérald raconte qu’il n’a « jamais eu de blessure grave de type par balle, mais d’ordre sportif à cause du surentraînement, comme des déchirures musculaires, des tendinites… » Les plus graves sont souvent celles provoquées par « l’entraînement qu’on s’impose », lors de séances individuelles. Il prend l’exemple de plusieurs stages commandos au cours desquels il n’a subi aucune blessure à part une ampoule… jusqu’à un foot amical la dernière journée de formation d’où il repart avec une entorse ! A ces blessures longues à soigner s’ajoute un effet psychologique qui diminue la confiance en soi. « Si la confiance n’est pas revenue, ajoute le légionnaire, on se focalise sur la blessure ; et si on les collectionne, on n’est jamais en pleine possession de ses moyens. » Le mental prend une part importante, également en opération extérieure où il faut « tenir le choc et serrer les dents ».

 

Ses débuts sur Youtube pour la Légion étrangère

Sur les réseaux sociaux, les vidéos de combat ou de sport sont visionnés par de nombreux internautes, attirés aussi par un effet de comparaison : « Il y a des sports qui galvanisent, le 100 mètres par exemple. Tout le monde en a déjà couru un, et a comparé les chronos. On a tous cet état d’esprit de comparaison. » Ce rapport de force se fait toutefois dans le respect car chacun « connaît la difficulté pour arriver à un certain niveau. » Quoiqu’il en soit, quand un communicant le rencontre pour évoquer un projet de vidéos sur Youtube, le Major est d’abord sceptique. Le commandement, lui, est « mi-emballé, mi-réfractaire ». Le projet se monte, et finit par connaître le succès dont nous avons tous entendu parler. Aujourd’hui, le sous-officier se dit « fier de représenter la Légion étrangère par ces vidéos ». Major Gérald, Légion étrangère, sport, YouTube, entraînement, sport militaire

Renvoyer une bonne image de la Légion

Depuis l’Afghanistan et ces conflits au cours desquels l’armée française a subi des pertes dans ses rangs, l’opinion publique a une bonne image des armées. Les réseaux sociaux ont contribué à les faire connaître, les faire aimer. Les vidéos du Major Gérald font partie de ces actions de rayonnement, et aujourd’hui le légionnaire estime appartenir également à la communication de la Légion étrangère, en supplément de ses missions dans le domaine du sport. L’objectif de la chaîne Youtube est de promouvoir l’image de la Légion grâce au sport et à l’engouement pour l’engagement. La recette a bien fonctionné, puisque la chaîne comptait alors entre 20 et 25 000 abonnés, avec des vidéos des cérémonies, prises d’armes et festivités : aujourd’hui elle en compte 178 000. « Certaines recrues se sont engagés grâce à ces vidéos, souligne le Major. L’année dernière, il y a eu une période où huit candidats sur dix déclaraient avoir connu la Légion grâce à mes vidéos ! » Ces retours-là sont très satisfaisants pour l’instructeur, qui complète : « Des gens me reconnaissent parfois. Il y en a toujours qui sont sympas, admiratifs, qui demandent une photo, remercient pour les vidéos. Ce qui me fait plaisir c’est que cela amène une image très positive de la Légion étrangère, car les gens ne viennent pas me voir moi mais viennent voir le légionnaire. »

 

Du sport en milieu clos

Outre un public militaire, les vidéos du Major Gérald ont également réussi à toucher un public civil. Pendant le confinement dû au covid, en 2020, l’équipe de communication de la Légion a contacté la Marine afin de tourner une vidéo avec eux, et spécialement dans un sous-marin. La période se prêtait bien pour montrer des exercices à réaliser en milieu clos, et le Major a ainsi tourné sa séance sur la rampe lance-missile. La vidéo a eu beaucoup de succès et a été relayé par le public, les médias, et même la télé. Faire avec les moyens du bord n’a jamais été un obstacle pour les militaires. « A l’époque quand on allait en opex on n’avait rien, se souvient le béret vert. On n’avait aucun moyen, donc tout était utilisé : des cailloux pour faire des poids, des branches pour faire des tractions… On devait aussi garder le FAMAS sur nous, canon vers le bas, et on trouvait des solutions. S’entraîner en étant confiné était la suite logique de ce que l’on faisait à cette époque. »

 

Les vidéos avec d’autres Youtubeurs

Le Major Gérald ne se montre pas uniquement sur la chaîne de la Légion étrangère. A l’image d’une demande de presse classique, le Youtubeur qui souhaite tourner avec lui doit communiquer se demande auprès de la Légion, qui accepte ou non sa requête. Il est ainsi déjà apparu sur les chaînes de Greg MMA, Karaté Bushido ou encore Hit the road. L’aventure avec cette dernière chaîne a débuté par une rencontre avec Clément, freerider sur la chaîne Riding Zone. Les deux sportifs, chacun dans leur domaine, se sont affrontés sur un parcours du combattant en 2017. Plus tard, Clément a rejoint la chaîne Hit the road et a tourné de nouveau avec le Major, pour une mini-série de trois vidéos. Ce partenariat sera même peut-être renouvelé à l’été 2022, les deux hommes ayant noué des liens d’amitié. « C’est comme mon petit fiston maintenant ! », lance le légionnaire.

 

Son livre « Préparation physique et mentale de la Légion »

En septembre 2021, le Major Gérald sort un livre rassemblant un programme d’entrainement. Suite au succès de ses vidéos sur Youtube, quelques éditeurs contactent la Légion afin de réaliser un ouvrage. Les éditions Solar en particulier intéressaient l’institution pour le support qu’elles pouvaient fournir. Le Major a donc rassemblé ses carnets sur lesquels il prend de nombreuses notes quotidiennes, « à l’ancienne, au crayon ! », pour les condenser et sortir un livre proposant des programmes de différents niveaux : débutant, confirmé et intensif, ce dernier étant conseillé à ceux « qui cherchent la compétition ou qui veulent développer leur capacité physique en vue de présenter certains concours ou examens. »

 Livre major Gérald, Légion étrangère, sport militaire, entraînement

Un instructeur exigeant

Le mental est important chez les militaires, car ceux-ci sont confrontés à des difficultés et rudesses que peu d’autres vivent. Le Major Gérald fait la part des choses entre le rôle du moniteur des sport « sympa » qui enseigne avec exigence et pédagogie, et l’instructeur commando qui doit parfois « changer de personnalité pour amener les soldats au bout d’eux-mêmes, les pousser dans leurs retranchements. L’ennemi n’aura aucun scrupule envers eux, il faut donc les emmener au-delà de leurs capacités. » Pourtant, il rappelle toutefois que la vie du militaire n’est pas que faite d’assaut et de phase opérationnelle trépidante. Les TIG, les phases moins intéressantes, sont aussi le quotidien du soldat. « Que ce soit sur le plan sportif ou militaire, il y a une montée et une descente. Il faut savoir s’adapter. »

 

Une hygiène de vie exemplaire

A 49 ans, le légionnaire qui épate par sa forme et sa condition physique, avoue un « potentiel génétique de base, toute ma famille a de bonne prédispositions ». Il faut toutefois compter aussi beaucoup de sport qui entretient, malgré aussi les blessures et la fatigue, et une très bonne hygiène de vie, sans tabac ni alcool et des repas sains. Pas d’alcool pour un légionnaire, cela pourrait surprendre… mais même s’il a parfois été confronté à quelques railleries de certains camarades, le Major Gérald assure « participer à l’allégresse générale », sans s’isoler, avec un verre de jus de raisin à la main !

 

Dernier conseil à une jeune recrue

« Bon courage, et bienvenue ! » Le Major Gérald conseille d’être discipliné et motivé, « deux conditions les plus importantes pour réussir les premières étapes de la carrière d’un légionnaire. La motivation, c’est savoir que ce ne sera pas rose tous les jours, mais ce sont des étapes pour passer aux étapes supérieures. Et le discipline se travaille, se développe, il faut respecter les consignes car un jour ce sera lui qui aura les responsabilités en tant que caporal, sergent. »

 

Rendez-vous ici pour écouter tous nos épisodes : https://podcast.ausha.co/defense-zone 

Vous pourrez les retrouver aussi sur notre chaîne YouTube en cliquant sur ce lien ou directement sur l'image

 

Pour vous abonner à notre magazine, recevoir bientôt le nouveau numéro de Défense Zone, accéder à des contenus exclusifs, bénéficier des offres matériels et équipements de nos partenaires, cliquez directement sur l'image ci-dessous 

Défense Zone N°5, abonnement, premium


Laissez un commentaire