Sur le front ukrainien, les drones terrestres s'imposent progressivement comme le nouvel outil du champ de bataille. D'abord conçus pour le ravitaillement, ces robots transforment déjà la conduite des combats. Reportage exclusif.
Minuit, oblast de Kharkiv
Il est minuit, et le ciel de l'oblast de Kharkiv est clair en ce mois de décembre. Un pick-up militaire roule à vive allure dans les rues sombres d'un petit village situé à une vingtaine de kilomètres de la frontière russe. Après quelques minutes, le véhicule et la remorque qu'il tracte s'arrêtent devant les ruines d'une station-service détruite par une frappe récente. Alors que le vrombissement des drones ennemis résonne au loin, les deux soldats descendent vivement et abaissent la rampe de l'attelage, dévoilant un petit véhicule carré aux roues surdimensionnées, chargé de bouteilles d'eau, de vivres et de munitions. À quelques kilomètres de là, un télépilote d'UGV (Unmanned Ground Vehicle, drone terrestre) observe déjà la scène sur son écran grâce à une caméra intégrée au robot. Après en avoir reçu l'autorisation, il pousse le joystick de sa télécommande et met le drone en mouvement. L'engin descend lentement la rampe, marque une pause comme pour observer les alentours, puis se met en route. Quelques secondes plus tard, il disparaît dans la nuit.
Une révolution logistique
Cette scène est aujourd'hui monnaie courante sur le front ukrainien. Après avoir révolutionné la guerre dans les airs, les drones se multiplient au sol. « Nous en avions déjà au début du conflit, mais leur utilisation s'intensifie nettement depuis un an », observe Kupa, sergent de la brigade Khartiia en charge de l'opération. Selon Kyiv, de quelques centaines en 2024, près de 15 000 d'entre eux ont été livrés aux unités ukrainiennes l'année dernière. La raison en est simple : ravitailler les positions avancées est devenu extrêmement périlleux, en raison de la prolifération des FPV et de leurs caméras thermiques. La profondeur tactique s'est considérablement accrue et la deuxième ligne se situe désormais à quinze, voire vingt kilomètres. Sans l'aide des UGV, les soldats doivent parcourir cette distance à pied, chargés de près de soixante kilos d'équipement. « Il est maintenant plus dangereux d'aller et venir du front que d'y rester », résume Kupa…
Lire la suite de ce reportage de David Taché dans Défense Zone #22.
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